« La Vie large. Manifeste écosocialiste » : la transition climatique par-delà le capitalisme

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Livre. Admirateur et lecteur de Jean Jaurès, Paul Magnette s’en est inspiré pour titrer son « manifeste écosocialiste ». « Nous ne sommes pas des ascètes, il nous faut la vie large », répondait Jaurès à ses adversaires. Mais qu’entend signifier par là, un siècle plus tard, le président du Parti socialiste belge francophone, ex-ministre de l’énergie et du climat, maire de Charleroi et professeur de théorie politique à l’Université libre de Bruxelles ? Qu’au lieu de décrire, en vain, « les cercles de l’enfer » dans lequel le réchauffement de la planète pourrait plonger l’humanité, il faut démontrer que la transition climatique sera l’instrument capable d’améliorer « le bien-être et le plaisir d’une immense majorité de la population ».

A l’ascétisme prôné, entre autres, par le philosophe allemand Hans Jonas, qu’il a aussi beaucoup lu, le dirigeant belge, ancien pourfendeur du CETA – l’accord commercial eurocanadien – oppose donc la vision d’un socialisme réinventé, optimiste, enfin capable de dépasser le système capitaliste. A condition, non seulement, prophétise-t-il, d’intégrer dans son action la dimension écologique, mais aussi de susciter l’adhésion populaire à des réformes indispensables mais toujours mal comprises, y compris à gauche.

La droite – dans laquelle il inclut Emmanuel Macron – n’a, dit-il, aucune vision de l’enjeu environnemental, ou alors celle d’un « capitalisme vert » appuyé par une conception technicienne qui n’aboutira qu’à enrichir des multinationales. Quant au courant écologiste, il aurait négligé la question sociale et apparaîtrait du coup comme une « oligarchie climatique » peu à même d’entraîner une réelle mobilisation. Et les jeunes militants climatiques ? Ils auraient, eux, quelques leçons à retenir de l’histoire du mouvement ouvrier et devraient considérer qu’aucune réforme profonde n’est possible si le groupe qui la porte n’arrive pas à la faire partager par d’autres catégories de la population. Or, cheminots, personnels soignants, agriculteurs, cadres intermédiaires de la planification écologique… tous peuvent se retrouver dans un combat commun, soutient l’auteur.

Renoncer à la prospérité matérielle

Ce « maillage des luttes », prôné par le dirigeant d’un parti essentiellement gestionnaire et
parfois victime de dérives politico-financières, en étonnera plus d’un. Comme la critique d’un socialisme qui, écrit Magnette, « s’est trop facilement coulé dans l’imaginaire, l’esthétique et le langage de la société productiviste ». Cet intellectuel venu à la politique active n’hésite pas, alors que la gauche sociale-démocrate du nord de l’Europe est à la peine – sauf, exception notable, dans la partie francophone de la Belgique –, à lui conseiller un renoncement à son idée sacro-sainte de la prospérité matérielle comme seul facteur d’émancipation. Avant lui, le communiste italien Enrico Berlinguer fut l’un des rares à faire sienne, dans les années 1970, la notion d’une gauche adepte d’une certaine austérité, fondée sur les valeurs de « la rationalité, la rigueur, la justice et la jouissance de biens authentiques », comme la culture, l’éducation, ou « un rapport sain et libre avec la nature ». Mais c’est une gauche qui ne néglige pas le plaisir, ajouterait Paul Magnette.

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