La préfecture des Hauts-de-Seine, une passoire thermique emblématique des bâtiments publics à rénover

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Lorsqu’elle a été inaugurée, il y a tout juste cinquante ans, à Nanterre, la préfecture des Hauts-de-Seine incarnait la splendeur de l’Etat gaullo-pompidolien : une tour de vingt-six étages en béton armé, conçue par André Wogenscky et son épouse, Marta Pan, sur les principes de Le Corbusier, dont l’architecte était maître d’atelier. « Tradition des grands bâtiments civils avec une tour pour affirmer l’autorité, et des équerres impeccables pour rappeler les qualités de rigueur et de netteté que l’on attend de l’Etat », expose Michel Delpuech, qui fut préfet du territoire de 2003 à 2006.

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L’année 1973, c’est encore les « trente glorieuses », l’ère du pétrole et de l’expansion économique, le triomphe de la voiture. La région parisienne se développe à plein gaz et de nouveaux départements sont créés en 1964 – d’où la construction de la préfecture. Le bureau du préfet offre d’ailleurs une vue à couper le souffle sur la Défense, sortie de terre dans les années 1960 et 1970. La décoration est typique des seventies. Un mobilier fonctionnel a aujourd’hui remplacé les meubles extravagants des designers Alain Richard et Pierre Paulin. Mais le bois, le béton, l’aluminium et le marbre de Carrare structurent toujours l’espace. On est dans Playtime de Jacques Tati, et la silhouette de Monsieur Hulot semble errer dans les halls spectaculaires de la préfecture.

Seulement voilà, l’Etat gaullien, c’est fini. Et le « centre administratif départemental » des Hauts-de-Seine a perdu de sa superbe. Il se révèle urgent de rénover cette tour et les bâtiments qui l’entourent. Une vaste opération a été décidée, en décembre 2022, par Matignon ; elle débutera après les Jeux olympiques de 2024. Même si la réfection du tribunal a déjà commencé.

« Lui rendre son côté exemplaire »

Les deux mille agents qui travaillent aujourd’hui pour les services des impôts, de la police ou de la préfecture ont trop froid l’hiver et trop chaud l’été. Le « bâtiment emblématique des années 1970 » est une passoire thermique au bilan carbone catastrophique. « C’est un paradoxe, reconnaît Emmanuel Neuville, chargé du projet de rénovation. La tour a une très bonne structure avec un béton qui en fait un immeuble résilient pouvant supporter une rénovation thermique d’ampleur. Mais il n’y a ici que du simple vitrage, donc on renvoie tout vers l’extérieur. La chaleur créée l’hiver est perdue, tout comme la fraîcheur l’été. C’est très énergivore ; rien n’est recyclé. »

Le préfet, installé à la vaste table de travail de son bureau, sous le lustre de Jean-François Charpentier, opine. « La préfecture, constate Laurent Hottiaux, était dans l’air du temps, et même à la pointe dans les années 1970. Mais elle a besoin d’être reprise. Il faut lui rendre son côté exemplaire. » Tous les scénarios ont été étudiés, y compris la démolition. « Mais les tours de ce type ne sont pas détruites, relève le préfet. Toutes celles livrées à la Défense dans les années 1970 ont été rénovées, et ce pour des raisons d’empreinte carbone. »

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