La Nouvelle-Calédonie se penche sur la question de la réconciliation pour la première fois

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Qu’est-ce qui pourrait réconcilier les Calédoniens, alors que le souvenir douloureux des violences des années 1980 est encore vif dans de très nombreuses familles ? Plus de trente ans après la signature des accords de Matignon, en 1988, qui ont ramené la paix civile dans l’archipel, la question sera ouvertement posée pour la première fois par l’Etat au sein de l’un des groupes de travail lancés en octobre 2022 par la première ministre, Elisabeth Borne, baptisé « Valeurs, identité commune et réconciliation ».

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Si se réconcilier pour construire la paix peut paraître une évidence, le mot « réconciliation » n’apparaît ni dans les accords de Matignon ni dans l’accord de Nouméa, en 1998, dont le but est pourtant d’aboutir à « une communauté de destin ». Le sujet n’est abordé que depuis très récemment, à travers ce groupe de réflexion constitué à la demande de l’Etat et composé d’une trentaine de membres de la société civile, historiens, chercheurs. Et la tâche est immense.

Car au « pays du non-dit », expression créée par l’historien calédonien Louis-José Barbançon, l’on ne parle pas de « guerre civile » pour désigner les violences des années 1980, qui ont fait quelque 90 morts pour une population d’environ 160 000 habitants à l’époque, mais des « événements ». Si le vocable de « pardon » est couramment employé dans la culture kanak, où les moments de réconciliation entre clans se concrétisent à travers une « coutume de pardon », le mot hérisse les Calédoniens d’origine européenne, qui l’associent à la repentance. « On a donc travaillé sur une sémantique commune, qui permette de discuter de manière apaisée », explique Jean-Pierre Flotat, membre du groupe de réflexion et président du comité des « sages », instance indépendante constituée de personnalités reconnues créée en 2018. Exit le pardon trop connoté, place à un travail autour des notions de « parole », « vérité », « mémoire » et « réconciliation ».

Ouverture des archives

Le groupe de réflexion va prochainement céder la place à une association, « mais l’on cherche encore des personnalités qui fassent consensus, représentatives de la société civile, pour la porter », précise Jean-Pierre Flotat. Elle aura pour mission de faire vivre le projet de réconciliation, « en demandant par exemple l’ouverture aux historiens des archives des années 1980. C’est en tout cas ce que nous, le comité des sages, nous recommandons. Ça vient d’être fait pour l’Algérie, ça doit être rendu possible ici », souligne Jean-Pierre Flotat.

« L’accord de Nouméa a misé sur le rééquilibrage économique, mais ça ne répond pas à toutes les problématiques, on devra de toute façon se réconcilier », note pour sa part Elie Poigoune, figure de la lutte indépendantiste dans les années 1960 et 1970, aujourd’hui militant infatigable du dialogue entre les communautés. Et la Calédonie n’a qu’à regarder du côté de ses voisins du Pacifique pour voir le chemin à parcourir : les Néo-Zélandais célèbrent chaque année depuis quarante ans le traité de Waitangi, qui a reconnu le droit à la réparation au peuple maori.

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