Immigration : sous pression de la droite et de l’extrême droite, Macron veut afficher sa fermeté

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Il y a quatre ans, Gérard Collomb s’était retiré du ministère de l’intérieur avec fracas en prononçant cette phrase d’un ton prophétique : « On vit côte à côte. Moi, je crains que demain, on vive face à face. » Depuis, la droite et l’extrême droite exploitent à l’envi ces mots pour dénoncer des flux migratoires incontrôlés. Le 11 novembre, Gérard Collomb a repris la parole sur Twitter, puis dans un entretien au Point, pour s’alarmer d’un « tournant » dans la politique migratoire : la prise en charge de 234 passagers de l’Ocean-Viking, à Toulon, après trois semaines d’errance, mettrait le pays en péril. Et celui-ci de renouer avec ses sombres prédictions. « Si on en accueille un, les autres on ne les accueille pas ?, insiste l’ancien maire de Lyon auprès du Monde. C’est intenable. Macron veut faire une chose et une autre, mais il faut entraîner l’opinion avec soi dans un même mouvement. S’il n’a pas une ligne ferme maintenant, Marine Le Pen passera la prochaine fois ! »

« Emmanuel Macron a l’immigrationnisme honteux », enfonce justement Marine Le Pen, mardi 15 novembre, sur France Inter, deux jours après avoir réaffirmé dans Le Journal du dimanche son ambition d’être élue à l’Elysée. Saisissant l’occasion, la représentante de l’extrême droite qualifie les déclarations de Gérard Collomb d’« extrêmement révélatrices » et affirme qu’Emmanuel Macron comptait créer un « Lampedusa français » – l’ancien maire de Lyon prétend avoir démissionné du gouvernement sur un différend lié au projet de « hot spot » pour faire transiter les migrants dans le sud de la France. Une réécriture de l’histoire, nie-t-on Place Beauvau.

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Vrai ou faux, le Lyonnais appuie là où le bât blesse. L’accostage de l’Ocean-Viking en France est devenu le symbole, aux yeux de la droite et de l’extrême droite, d’un pouvoir dépassé par la question migratoire. Que l’Elysée et le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, aient fait valoir l’urgence humanitaire avec la présence de 44 enfants, dont des « bébés », parmi les passagers du navire, ne change rien à l’affaire.

Chez Les Républicains (LR), le sénateur de Vendée Bruno Retailleau et le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti ont aligné leurs positions sur celles de l’extrême droite jugeant, pour le premier, que la « boîte de Pandore » avait été ouverte, et pour le second qu’une « faute lourde » avait été commise. Au-delà de ces deux figures briguant la direction du parti de droite, des représentants de LR, jugés parfois « Macron compatibles », attaquent tout aussi sévèrement la ligne régalienne du chef de l’Etat. « On envoie un message aux passeurs : leur petit trafic d’esclaves humains continuera », estime Philippe Juvin, député des Hauts-de-Seine, assurant se sentir « très bien » chez LR. « Le président barbote sur ces questions selon l’état de l’opinion », abonde le député des Vosges, Stéphane Viry.

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