Immigration : après une offensive droitière cet été, « c’est un tout autre Darmanin que l’on retrouve à l’approche de l’hiver »

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Deux saisons, deux ambiances. On avait laissé l’impétueux ministre de l’intérieur au creux d’un été caniculaire, chemise blanche immaculée et déclarations martiales, sous le faré de la résidence du préfet, à Mayotte, où il effectuait un déplacement consacré à la lutte contre l’immigration illégale. Gérald Darmanin, alors en pleine offensive droitière, multipliait les annonces musclées : lien assumé entre immigration et délinquance, suspension du droit du sol à Mayotte, création de « lieux de redressement » pour très jeunes délinquants, encadrés par des militaires.

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Il venait par ailleurs d’annoncer un projet de loi sur l’immigration, notamment destiné à lever « toutes les réserves » législatives empêchant l’expulsion des étrangers délinquants. En 2003, son mentor Nicolas Sarkozy avait assoupli la « double peine » (l’expulsion d’étrangers délinquants) afin de trianguler avec la gauche. Vingt ans plus tard, M. Darmanin – qui a reproché à Marine Le Pen sa « mollesse » pendant la campagne présidentielle – propose de rétablir cette mesure, cette fois pour trianguler avec la droite de la droite, dans le sillage de l’arrivée de 89 députés Rassemblement national à l’Assemblée. « Nous ne vivons plus dans la même société », défendait M. Darmanin, cet été, devant Le Monde, rappelant que M. Sarkozy, lorsqu’il était ministre de l’interieur, n’avait pas connu les attentats islamistes, ni la crise en Afghanistan et en Syrie (les Afghans sont les premiers demandeurs d’asile en France).

Au lendemain de sa reconduction à Beauvau, le ministre de l’intérieur – qui a acté une droitisation de la société – se montrait clairement désireux d’incarner la jambe régalienne du gouvernement et celui qui, décomplexé, dit « la vérité » aux Français, sans hésiter à se montrer clivant. Au risque d’agacer dans les allées du pouvoir, où l’on jugeait cet été que « Gérald », décidément, poussait toujours le bouchon « trop loin ».

« Je fais de la politique »

Trois mois plus tard, à l’approche de l’hiver, c’est un tout autre Darmanin que l’on retrouve dans son bureau tapissé de vieilles affiches électorales (de l’UNR et du RPR). Il vient d’annoncer, le 10 novembre, que la France accueillait l’Ocean-Viking et ses 234 migrants, critiquant au passage l’Italie pour son « inhumanité ». Et a plaidé quelques jours plus tôt, en dévoilant le contenu de son projet de loi sur l’immigration, pour la création d’un titre de séjour « métiers en tension » visant à recruter dans les secteurs en pénurie de main-d’œuvre. Un enchaînement à contre-emploi qui a fait hurler la droite, redoutant – dans les deux cas – un « appel d’air ». A l’instar du patron des sénateurs Les Républicains (LR), Bruno Retailleau, qui accuse désormais M. Darmanin d’être devenu « le ministre des régularisations » plutôt que d’être celui de la « fermeté migratoire ». « En changeant de ton, il brouille cette image de “dur” soucieux de répondre aux inquiétudes des Français qu’il était en train d’installer », observe, de son côté, le député LR des Alpes-Maritimes Eric Ciotti.

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