Hauts fonctionnaires : le gouvernement ne veut plus de classement de sortie pour l’INSP

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Un des derniers piliers de la haute fonction publique est en passe de tomber. Selon un projet de décret révélé par Challenges, et que Le Monde s’est procuré, le gouvernement souhaite supprimer le classement de sortie de l’ancienne Ecole nationale d’administration (ENA), devenue Institut national du service public (INSP) le 1er janvier 2022.

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C’est un symbole fort. Le classement de sortie de l’ENA a, pendant des décennies, forgé l’élite de l’administration, une noblesse d’Etat accusée de trop cultiver l’entre-soi et le pantouflage. En effet, les élèves classés dans « la botte », soit les quinze premières places de sortie de l’école de Strasbourg, rejoignaient ipso facto les grands corps de la fonction publique : Cour des comptes, Conseil d’Etat, Inspection générale des finances. Le statut qui leur était attribué leur assurait une carrière balisée au sein des institutions les plus prestigieuses de l’Etat. Pour Emmanuel Macron, ayant pourtant lui-même emprunté cette voie royale, il s’agissait d’« une rente » n’ayant plus lieu d’être.

Dès 2024, une nouvelle procédure sera instituée à la sortie de l’INSP. « Afin de renforcer la professionnalisation des recrutements en sortie de l’institut, indique le rapport de présentation du projet de décret, le classement de sortie est supprimé au profit d’une procédure d’affectation visant à assurer un appariement profil/poste. »

Sélection progressive

Plutôt qu’une place dans un classement, ce sera dorénavant l’équilibre entre les souhaits des élèves et les besoins des administrations qui déterminera la place que chacun occupera en sortant de l’INSP. Bien entendu, le risque principal souvent soulevé par les opposants à la suppression du classement de sortie est celui d’une éventuelle cooptation permettant de privilégier tel ou tel. C’est justement pour éviter ces dérives qui avaient cours avant la seconde guerre mondiale que le classement avait été consacré. Pour parer un tel risque, le gouvernement envisage la création d’une commission chargée d’« assurer le respect du principe d’impartialité et d’égalité de traitement des élèves ».

Celle-ci sera fondée sur une succession de « tours ». A partir des « dossiers anonymes » de candidature des élèves et de ceux élaborés par les employeurs, puis d’entretiens successifs, une sélection progressive s’opérera.

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Le président de la République achève ainsi l’essentiel de la réforme de la formation des hauts fonctionnaires. Lancée lors de la conférence de presse qui avait suivi le mouvement social des « gilets jaunes », en avril 2019, elle avait pour but de former une haute fonction publique plus représentative de la société et dont la carrière ne serait plus fondée sur un rang obtenu en fin de scolarité, à 25 ans, et un statut d’appartenance à « un corps », mais sur les mérites et les souhaits de chacun.

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