Gérald Darmanin en Nouvelle-Calédonie pour un difficile jeu d’équilibriste

0
28

Lors d’un premier séjour, début décembre 2022, destiné à renouer un dialogue interrompu depuis un an et demi, Gérald Darmanin avait constaté que les conditions n’étaient pas totalement réunies pour ouvrir des discussions décisives sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, la question de nouveaux transferts de compétences étant en suspens depuis le dernier grand accord politique de Nouméa, en 1998.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Les discussions sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie redeviennent un problème pour l’exécutif

Cette fois, du 3 au 5 mars, c’est avec l’assurance de rencontrer le camp indépendantiste en bilatéral que le ministre de l’intérieur et des outre-mer arrive sur le Caillou. Le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), qui a tenu les 25 et 26 février un 41e congrès déterminant, a enfin acté le principe de discussions avec l’Etat.

Mais ces échanges s’annoncent âpres. D’abord parce que le FLNKS veut parler de l’indépendance, et rien que de l’indépendance, point qui rassemble ses différents partis divisés. Ensuite parce que, du moins sur le papier, les indépendantistes entendent faire bloc. Le congrès a été l’occasion de proclamer une unité inédite, puisque l’ensemble de leurs organisations, qu’elles soient politiques, coutumières, syndicales, associatives ou religieuses, se sont désormais rangées sous la bannière du FLNKS. « C’est une page historique que l’on écrit avec le rassemblement de tous les nationalistes et les indépendantistes », a déclaré, à l’issue du congrès, Pascal Sawa, le premier secrétaire général adjoint de l’Union calédonienne, principale composante du mouvement.

Purger la question du référendum

La motion du congrès rappelle également que le ministre doit purger la question du troisième et dernier référendum prévu par l’accord de Nouméa de 1998, qui avait été organisé en décembre 2021 contre l’avis des indépendantistes, et massivement boycotté : un « affront au peuple de Nouvelle-Calédonie », selon eux. Peu diserts sur le contenu de la stratégie adoptée, ces derniers poursuivent un intense travail au niveau régional et international, en marge des négociations bilatérales à venir. Présent lors du congrès, Leonard Louma, le directeur général du Groupe Fer de lance mélanésien, a annoncé la réactivation de la cellule FLNKS au sein de son organisation, créée précisément dans les années 1980 pour donner du poids à la revendication kanak sur le plan international. Le Front compte par ailleurs faire aboutir une action contre le référendum devant les instances internationales.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés En Nouvelle-Calédonie, les indépendantistes
à la recherche d’une stratégie unitaire

Mais Gérald Darmanin devra aussi composer avec les non-indépendantistes, qui estiment que ce sujet est clos, les Calédoniens ayant voté trois fois en faveur du maintien dans la France, et qui s’impatientent. Pour Sonia Backès, leur cheffe de file, également secrétaire d’Etat chargée de la citoyenneté, l’ouverture de discussions sans les loyalistes a un goût amer : « On entend la volonté des indépendantistes d’avoir des discussions bilatérales entre ce qu’ils appellent le colonisateur et le peuple colonisé, donc entre eux et l’Etat, mais c’est encore parler du passé. Nous voulons parler du présent et de l’avenir. Aujourd’hui nous vivons sur cette terre, comme eux, et on a l’impression qu’ils font comme si on n’existait pas. On va finir par mal le prendre. »

Il vous reste 51.47% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici