Finances locales : dans les Ardennes, « c’est tout simplement la survie du département qui est en jeu »

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Pour bien se faire comprendre, Igor Dupin prend une image. « Vous voyez, notre département, c’est comme un malade à l’hôpital, une perfusion dans chaque bras, décrit le directeur général des services du conseil départemental des Ardennes. D’un côté, l’Etat lui injecte du venin : les dépenses à assumer. De l’autre, le remède : les dotations. » Assis à ses côtés, le président du département, Noël Bourgeois (Les Républicains, LR), précise : « Et les deux ne coulent pas à la même vitesse… » Igor Dupin file la métaphore : « La question, c’est de savoir si l’on veut tuer le malade ou le guérir… » « La réponse est claire. On veut nous asphyxier », enchaîne le président.

« Financièrement étranglé », M. Bourgeois ne sait pas comment boucler son budget pour 2023. Il lui manque 20 millions d’euros. Extrême, la situation de ce petit département de 270 000 habitants fait figure d’épouvantail pour beaucoup de collectivités locales aux prises avec des finances dégradées.

A Charleville-Mézières, dans son bureau aux fenêtres surplombant la Meuse, le président du conseil départemental refait, une nouvelle fois, les comptes. L’augmentation de 4 % du revenu de solidarité active (RSA), c’est 2,4 millions en 2023 (le double de cette année). Le dégel de 3,5 % du point d’indice des fonctionnaires coûtera près de 1 million d’euros supplémentaires. La meilleure rémunération des assistants familiaux (qui accueillent des enfants placés), 700 000 euros. Les mesures du Ségur pour les personnels de santé, autant. Et cetera. En tout, le conseil départemental doit financer 5 millions d’euros de nouvelles dépenses en 2023. A cela s’ajoute, bien entendu, la crise énergétique : 2 millions d’euros. « Aujourd’hui, nous n’en pouvons plus, a écrit Noël Bourgeois à François Sauvadet, président de Départements de France, l’association des élus. C’est tout simplement notre survie qui est en jeu. »

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« On a serré les boulons »

Car, dans le même temps, les recettes baissent. L’élu local déplore que l’Etat se repose de plus en plus sur les départements pour financer les allocations individuelles de solidarité. En 2002, le reste à charge était de 5 millions d’euros pour les Ardennes ; il est aujourd’hui de 46 millions, assure Noël Bourgeois. « En vingt ans, cela représente 600 millions d’euros, souligne-t-il. Peut-on encore continuer comme ça ? » La réponse est induite. D’autant, observe-t-il, que son département est marqué par un taux de chômage supérieur à la moyenne nationale (9,8 % contre 7,4 %), des revenus par habitant inférieurs, une population qui vieillit…

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