Face à la hausse de l’énergie, les tensions restent fortes chez les agriculteurs

0
15

« Je suis de nature optimiste, mais, cette année, j’ai des moments de stress en pensant à la facture énergétique », témoigne Philippe Bréhon, agriculteur à La Couture dans le Pas-de-Calais. En cause, la renégociation du contrat d’électricité pour la société Saveur d’endives, qu’il possède avec son frère et sa belle-sœur.

Une entreprise qui produit 3 000 tonnes d’endives et emploie 48 salariés. « La facture d’électricité a déjà doublé en 2022, passant de 157 000 à 326 000 euros. EDF nous propose un contrat de 1,058 million sur douze mois ou de 800 000 euros par an sur vingt-quatre mois à partir du 1er janvier 2023 », explique M. Bréhon.

Le cas des endiviers fait partie des plus épineux. Cette année, contrairement à de nombreuses cultures, dont les récoltes ont été précoces à la suite des épisodes de fortes chaleurs et de sécheresse, les racines sont restées un peu plus longtemps en terre pour tenter de gonfler un peu avec les pluies salvatrices d’automne. « Le vrai démarrage de la récolte se fera lundi 7 novembre », précise M. Bréhon.

Mais les racines, une fois cueillies, sont immédiatement placées en réfrigérateur, à 0 °C. Elles sortiront au fil de l’eau pour être mises en salle de forçage pendant vingt et un jours, avant de garnir régulièrement les rayons des magasins jusqu’en juin 2023. La culture de l’endive, une spécificité des Hauts-de-France, est devenue très énergivore en s’industrialisant. En outre, sa consommation électrique coïncide avec les tarifs d’heures d’hiver, les plus onéreux.

« C’est une mauvaise loterie »

La conservation en chambre froide concerne aussi les pommes de terre, mais également les pommes, égrenées au fil des mois dans les étals des supermarchés. Pour les serristes, l’enjeu est inverse, puisqu’il faut chauffer pour accélérer la pousse des fruits ou des légumes. Seul point commun : la facture énergétique. Mais même dans ces filières les plus concernées par cette flambée des prix de l’énergie, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne.

« C’est une mauvaise loterie », résume Daniel Sauvaître, arboriculteur en Charente et président de l’Association nationale pommes poires. « Un quart des entreprises de production de pommes et de poires jouent de malchance et doivent renégocier leur contrat avant la fin de l’année. » M. Sauvaître a tiré le bon numéro, puisqu’il est, a priori, couvert jusqu’à la fin de 2023.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Matières premières : « Prix du lait et argent du beurre »

« Un tiers des producteurs de fraises sont concernés par la renégociation de leur contrat d’électricité », affirme, de son côté, Xavier Mas, producteur en Lot-et-Garonne et président de l’Association d’organisations de producteurs nationale Fraises. Il échappe, pour sa part, au couperet cette année, tout comme Catherine Decourcelle, présidente de l’Association des producteurs d’endives de France, installée à Drouvin-le-Marais (Pas-de-Calais). Elle chiffre les malchanceux à un tiers des 400 producteurs français. De quoi créer des distorsions de concurrence au sein même des filières.

Il vous reste 63.4% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici