Eric Ciotti, Bruno Retailleau, Aurélien Pradié, trois lignes s’affrontent pour la présidence des Républicains

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Plus de six mois après la débâcle de l’élection présidentielle, le temps de la réflexion interne est venu chez Les Républicains (LR). Le futur du parti sera au programme du congrès des 3-4 décembre et 10-11 décembre, lors duquel les militants sont appelés à choisir un nouveau chef de file. Trois prétendants s’affrontent pour prendre la suite de Christian Jacob : le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti, le président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau, et le jeune député du Lot Aurélien Pradié.

Outre une course pour le leadership du parti, le congrès constitue un test pour l’unité des Républicains. Comment clarifier la ligne idéologique de cette famille politique, prise en étau entre la Macronie et l’extrême droite ? Quelle stratégie dessiner pour les échéances à venir ? Tour d’horizon des profils des candidats pour comprendre les enjeux de ce scrutin.

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Trois candidats, trois lignes

  • Eric Ciotti, le candidat à la ligne droitière, favori des militants
Eric Ciotti dépose ses parrainages pour la présidence du parti Les Républicains au siège des Républicains à Paris, le 2 novembre 2022.

A 56 ans, Eric Ciotti est au plus fort de sa forme politique. Il a acquis une posture d’influence durable au sein de son parti depuis qu’il a atteint, par surprise, la place de numéro deux lors du congrès LR pour la présidentielle à l’automne 2021, derrière Valérie Pécresse. Il souhaite poursuivre son ascension nationale en prenant la présidence du parti. Réélu aisément député des Alpes-Maritimes en juin pour un quatrième mandat d’affilée, ce visage médiatique assume depuis longtemps une posture droitière au sein des Républicains. M. Ciotti a fait des thèmes régaliens – sécurité, immigration, justice – ses sujets de prédilections et dit défendre une ligne « claire » sur le plan des idées, qui permettra de donner à LR un cap pour les prochaines années.

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Donné comme le favori du scrutin en raison de sa forte popularité auprès des militants de droite, il peut d’ores et déjà se targuer du soutien assuré de l’influente fédération de son département, première de France avec 3 500 adhérents. Le député des Alpes-Maritimes est notamment soutenu dans son camp par les députés Eric Pauget et Michèle Tabarot ou encore le président des jeunes LR, Guilhem Carayon.

Dans sa course vers le 238 de la rue de Vaugirard, Eric Ciotti est surtout appuyé par une figure de poids avec qui il forme une sorte de « ticket » : le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez, qui a vanté dernièrement son « courage » et sa « clarté » idéologique. Rien d’étonnant puisque les deux élus sont tous deux issus de l’aile droite du parti et qu’Eric Ciotti a répété à souhait, depuis son lancement dans la course pour le congrès, qu’il soutiendra, s’il est élu, une désignation « dès 2023 » de M. Wauquiez comme candidat du parti à la présidentielle de 2027, sans passer par la case primaire.

  • Bruno Retailleau, le conservateur résolu et candidat des élus
Bruno Retailleau, à l’hôtel Matignon, à Paris, pour une réunion sur la réforme des retraites, le 21 septembre 2022.

Le patron des sénateurs LR table, lui, sur son image de candidat des élus pour convaincre les militants. Fort de la respectabilité qu’il a acquise au Sénat depuis huit ans, Bruno Retailleau compte capitaliser sur le travail de compromis qu’il effectue à la tête du groupe pour se différencier de M. Ciotti. Il n’en reste pas moins que le sénateur de Vendée, âgé de 61 ans, partage avec l’élu du Sud une position à l’aile droite de LR. Outre les sujets régaliens, Bruno Retailleau, qui se revendique de la droite catholique, filloniste de la première heure, est connu pour ses positions conservatrices sur les questions de société – il s’est illustré lors des débats sur le « mariage pour tous », en 2013.

L’élu venu du Mouvement pour la France de Philippe de Villiers assume « de porter une politique de civilisation », afin que les thématiques du « déclassement économique et de la dépossession culturelle » ou encore du « patriotisme » ne soient pas, selon lui, « le seul apanage de Marine Le Pen ou d’Eric Zemmour ».

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Tombé en disgrâce après la déroute de François Fillon en 2017, il s’est heurté à un front interne contre son éventuelle candidature à la présidentielle de 2022. Mais cette page semble être tournée. Bruno Retailleau peut désormais compter sur des soutiens de poids, dont celui plutôt inattendu du président du Sénat, Gérard Larcher, celui de l’eurodéputé François-Xavier Bellamy ou encore de celui d’Othman Nasrou, proche de Valérie Pécresse et vice-président de la région Ile-de-France.

Quant à la question du futur du parti et de la prochaine présidentielle, le sénateur mise sur une tout autre stratégie que son principal adversaire en arguant vouloir prendre le temps. « On s’abandonnera à notre paresse intellectuelle si on désigne un candidat trop tôt », a-t-il prévenu sur Franceinfo le 25 octobre, estimant que « si [LR] trébuche, on électrocutera notre candidat ». Lui préfère que le futur leader soit désigné par voie militante, « après les [élections] européennes » de 2024. En attendant, « il faut tout changer » dans le parti, a avancé le candidat dans Le JDD, dimanche 30 octobre. « La marque Les Républicains est morte », a-t-il fait valoir, plaidant pour la construction d’« un parti populaire et patriote capable de rassembler tous les électeurs de droite ».

  • Aurélien Pradié, le jeune élu issu de la « droite sociale »
Le député du Lot Aurélien Pradié, lors du premier grand oral des candidats à la présidence du parti Les Républicains, à La Ciotat (Bouches-du-Rhône), le 17 septembre 2022.

Lui aussi veut en finir avec « Les Républicains ». Le député du Lot Aurélien Pradié revendique de porter une candidature de « rupture » : « Nous devons tout changer : le nom, le siège, notre organisation, notre message », a-t-il assuré lors de sa déclaration de candidature. Il répète vouloir remettre la droite sur le « chemin populaire ». Troisième candidat de ce congrès, l’élu de 36 ans revendique une filiation chiraquienne et s’est fait le porte-parole de la jeune garde LR.

Dans son propre camp, Aurélien Pradié est souvent soupçonné d’être situé trop à gauche. Lui se revendique « pleinement de droite », mais issu de la « droite sociale ». Dans l’Hémicycle, il s’est notamment fait remarquer sur les questions des violences faites aux femmes, du handicap, de l’écologie ou encore du travail et du pouvoir d’achat. S’il n’en demeure pas moins ferme sur l’immigration et la sécurité, M. Pradié se distingue de ses collègues de bancs sur la question des retraites. S’opposant au recul de l’âge de départ, il plaide plutôt pour une réforme « basée sur les annuités ».

Chez les caciques de LR, le franc-parler du Lotois et sa volonté de renverser la table lui valent quelques inimitiés. Loin d’être donné favori du scrutin, Aurélien Pradié peut toutefois compter sur le soutien du reste de la jeune garde LR, parmi lesquels les députés Pierre-Henri Dumont, Julien Dive ou encore Raphaël Schellenberger. Ces derniers mois, il s’est par ailleurs rapproché du président de la région des Hauts-de-France, Xavier Bertrand.

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A propos de 2027, M. Pradié partage la ligne de M. Retailleau, estimant qu’il n’est « pas certain qu’exposer notre futur candidat au feu nucléaire dès janvier soit un service à lui rendre ». Il a ainsi affirmé que le temps de désigner un candidat était loin d’être venu et qu’il fallait d’abord engranger « un travail de fond ». Une chose est certaine : comme ses deux concurrents, il n’envisage pas d’être à la fois chef de file du parti et son prétendant à l’Elysée.

Ce sur quoi ils tombent d’accord

  • Tourner la page du sarkozysme

La rupture est consommée entre les prétendants à la présidence des Républicains et celui qui a créé le parti, qui fut longtemps le chef incontesté de la droite. Alors que l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy s’est de nouveau prononcé, dimanche 23 octobre, en faveur d’un « accord politique » entre le camp présidentiel et son parti, et qu’Emmanuel Macron a lui même dit souhaiter une « alliance » avec LR, tous trois ont rejeté en bloc cette idée.

A l’image de la majorité des rangs de leur parti, MM. Retailleau, Ciotti et Pradié assument tous une ligne de rupture avec M. Sarkozy, depuis que ce dernier a choisi de soutenir Emmanuel Macron lors de la présidentielle, plutôt que Valérie Pécresse. Eric Ciotti s’est d’ailleurs redit « totalement opposé » à un pacte avec le gouvernement, pour lequel plaide M. Sarkozy, arguant : « On ne s’allie pas avec un pouvoir qui aura autant abîmé la France. » M. Retailleau a lui affirmé avoir « une autre ambition pour LR que d’en faire une simple béquille du macronisme », tandis qu’Aurélie Pradié a répété que l’ancien chef de l’Etat « appartient désormais à notre passé politique ».

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  • Le refus d’une « union des droites »

Les candidats à la présidence de LR refusent, par ailleurs, de former une alliance avec l’extrême droite, ce sans changer de cap depuis la campagne présidentielle. Le récent triomphe d’une « union des droites » en Suède et en Italie, les appels du pied réitérés par certaines figures d’extrême droite, telles qu’Eric Zemmour, ou encore le partage de thèmes de prédilections n’y changent rien, assurent-ils.

Sur une ligne plus modérée que ses deux challengers, Aurélien Pradié s’y est fermement opposé tout long de la campagne présidentielle. Sans avoir jamais caché son amitié pour Eric Zemmour, Eric Ciotti a, lui, de nouveau écarté cette hypothèse qui « ne conduirait qu’à [la] disparition » de LR. De son côté, Bruno Retailleau a affirmé que cette « union des droites » n’avait « aucun avenir », et a dit souhaiter qu’elle se réalise plutôt « par les électeurs ».

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