Crise de l’eau à Mayotte : le gouvernement tente de répondre au sentiment d’abandon

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C’est l’image qu’il attendait. Des militaires de la sécurité civile déchargent de façon vigoureuse un conteneur rempli de packs de bouteilles d’eau, se les passent de main en main pour les empiler dans un camion. Sur le port de Longoni, à Mayotte, le ministre délégué aux outre-mer, Philippe Vigier, se félicite devant photographes et caméramans de « cette opération de solidarité fabuleuse ». En déplacement dans ce département de l’océan Indien touché par une sécheresse exceptionnelle, avec des coupures au robinet de plus de deux jours, deux fois par semaine, M. Vigier a annoncé, jeudi 2 novembre, que les 330 000 habitants de l’île allaient recevoir gratuitement, à partir du 20 novembre, un litre d’eau par jour en bouteille. Quinze millions de litres seront acheminés par mois de la métropole. Deux millions de litres en provenance de La Réunion et de l’île Maurice.

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« Les bateaux voguent », lance le ministre en saluant une opération logistique « exceptionnelle », qui mobilise près de deux cents militaires et sapeurs-pompiers. Jusque-là, seules les 55 000 personnes classées comme vulnérables, en raison de leur âge ou de leur état de santé, pouvaient bénéficier de bouteilles gratuites, dans un département où 77 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. La généralisation de la distribution de bouteilles était réclamée depuis plusieurs semaines par les élus et plusieurs collectifs de citoyens, qui ont programmé une manifestation, lundi 6 novembre.

Cette mesure avait été actée le 5 octobre à l’issue d’une réunion interministérielle à Matignon. Comme celle touchant à la prise en charge par l’Etat des abonnements et des factures d’eau de septembre à décembre, pour environ 12 millions d’euros. « L’Etat paie tout, se substitue à tout et aux collectivités », glisse M. Vigier, tout en rappelant plusieurs fois que l’eau est pourtant une compétence des élus locaux. Les mesures d’urgence sont désormais évaluées à 70 millions d’euros. Lors d’un déjeuner à l’Elysée, le 20 octobre, avec une soixantaine d’élus ultramarins, Emmanuel Macron s’était agacé à propos « des travaux qui durent depuis trop longtemps ». Durant ce séjour de deux jours, le ministre délégué a répété qu’il voulait « accélérer ». Et n’a cessé de diffuser un message : face à cette crise, « l’Etat n’est pas resté les bras croisés. Mayotte n’est pas oubliée, tant s’en faut ».

Quatre cents millions d’euros

Le pouvoir tâche de répondre au sentiment d’abandon, qui habite une grande partie de la population. Surtout au moment où l’île se trouve à un « pic de la crise ». Les deux grandes réserves en eau seront à sec dans une dizaine de jours. « Epuisée par la charge mentale que représente cette obsession de l’eau », selon Racha Mousdikoudine, présidente du collectif « Mayotte a soif », toute l’île attend avec impatience le début de la saison des pluies, prévu mi-novembre. D’ici à la fin du mois, la capacité de production en eau doit augmenter de 4 500 à 5 200 mètres cubes par jour grâce aux travaux en cours. « Si la pluviométrie attendue est au rendez-vous, on va s’en sortir », pronostique M. Vigier, en reconnaissant que « les Mahorais et Mahoraises acceptent l’inacceptable avec cinquante-quatre heures de coupure d’eau [d’affilée] ».

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