« Conseil de défense » dans « Le Monde », des réunions à géométrie variable

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Encore un ! Le 2 septembre, Emmanuel Macron a présidé à l’Elysée un « conseil de défense et de sécurité nationale sur l’énergie », selon la dénomination officielle. Une réunion des principaux ministres concernés par la gestion énergétique de l’hiver qui vient, sur fond de guerre en Ukraine et de coupure des livraisons de gaz par la Russie. Si le sujet est inédit, ce cénacle ne l’est pas.

Depuis la convocation d’un conseil de défense écologique, en 2019, le chef de l’Etat a érigé ce cercle de décision restreint – où les participants sont tenus au secret-défense – en symbole de sa présidence des crises. Il l’a rassemblé au gré des événements et des thèmes, que ce soit pour lutter contre l’épidémie de Covid-19 ou en réaction à des actes terroristes, transformant cet outil opérationnel en caisse de résonance de la communication de l’exécutif. A l’origine, pourtant, les réunions du conseil de défense restaient la plupart du temps confidentielles. Il se passait même parfois des mois avant que le grand public n’apprenne leur tenue.

Gros sous et stratégie ­militaire

L’expression apparaît pour la première fois dans les colonnes du Monde daté du 19 décembre 1944, sous la plume d’un certain Charles de Gaulle. Dans un dossier de « une » titré « La France et l’URSS ont conclu un traité d’alliance et d’assistance mutuelle », le journal reproduit un courrier de l’homme du 18-Juin envoyé, trois ans plus tôt, à l’ambassadeur d’URSS au Royaume-Uni, pour le remercier du soutien de son pays à la France libre. Le Général y évoque un « conseil de défense de l’Empire français », placé sous son autorité, pour traiter les « questions relatives à la collaboration avec les territoires d’outre-mer ».

Ce n’est qu’après la fin de la seconde guerre ­mondiale que l’organe approche de sa forme actuelle. En 1946, le contre-amiral Pierre Barjot, « secrétaire du conseil de défense nationale », annonce que l’heure est venue de travailler à la « décompression » de l’armée française, avec la démobilisation d’une partie de ses 750 000 soldats. Sans trop réduire la voilure néanmoins, les braises de la guerre sont encore chaudes. Le ministre des finances, rapporte le gradé, « s’est montré très compréhensif ».

Une affaire de gros sous et de stratégie ­militaire : voilà ce que sera, pendant des décennies, le conseil de défense, tel que rapporté par Le Monde. Le journaliste Jacques Isnard s’y collera le plus souvent en près de trente ans de « règne » sur la rubrique défense, accompagnant les mutations des armées jusqu’au tournant des années 2000.

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