cinq questions sur la polémique autour de « Kohlantess » à Fresnes

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Après la parution vendredi 19 août 2022 d’extraits vidéos sur les réseaux sociaux, l’organisation d’activités comme le karting dans la prison de Fresnes a suscité la polémique et engendré de nombreuses réactions politiques.

Qui organisait cette activité ? En quoi cela consistait-il ? On fait le point sur l’affaire en cinq questions.

1. Pourquoi cette activité ?

Karting, tir à la corde au-dessus d’une piscine, quiz… Plusieurs épreuves se sont tenues dans le cadre d’une émission, intitulée « Kohlantess », inspirée de la célèbre émission de TF1 « Koh-Lanta » et habituellement organisée dans les quartiers.

Cet épisode à Fresnes a été tourné le 27 juillet dernier dans la prison de Fresnes.

2. Qui l’organisait ?

Contrairement à ce qu’ont pu affirmer certains responsables politiques, l’initiative n’a pas été organisée par la prison ou par l’État. C’est la production de « Kohlantess » qui s’est chargée du projet. À ce titre, l’émission et les épreuves ont été financées par la production, via des sponsors.

« Cet événement exceptionnel [n’a] pas coûté un sou à nos impôts, au contraire des 110 € par jour que nous coûte chaque détenu », a par ailleurs rappelé Dominique Simonnot, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, sur franceinfo samedi.

3. Qui a participé ?

Trois équipes s’affrontaient dans ces jeux : une de détenus, une de surveillants et une de jeunes de l’extérieur.

Dans la vidéo publiée sur sa chaîne YouTube, Djibril Dramé, l’organisateur de l’évènement et présentateur de l’émission, expliquait en préambule que « toutes les personnes [détenues] qui sont là le sont pour une bonne raison et la voie de la réinsertion passe par le travail en prison. Mais nous avons aussi un devoir de ne pas les mettre de côté et de ne surtout pas oublier qu’ils sont des humains comme vous et comme moi. »

Selon lui, les prisonniers participant étaient en détention pour de « courtes peines ». Dans la vidéo, un surveillant assure que « les détenus ont joué le jeu, ont été respectueux ».

Le producteur de l’émission Enzo Angelo Santo a expliqué son intention, sur BFMTV : « Le but est d’amener les jeunes en prison pour les sensibiliser à ce qu’est l’incarcération ».

4. Cette activité a-t-elle été validée ?

« Après les images choquantes de la prison de Fresnes », le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti a ordonné samedi 20 août l’ouverture d’une enquête.

Les organisateurs ont assuré avoir obtenu toutes les autorisations nécessaires. « On a eu des accords […], à aucun moment on a pris au dépourvu quiconque, tout le monde était au courant de notre action, on a eu des validations, nous avons signé une convention entre nos parties et l’administration pénitentiaire », a assuré Enzo Angelo Santo, le producteur de l’émission.

Le directeur de la prison, Jimmy Delliste, s’était félicité d’un moment d’engagement fraternel au bénéfice de trois associations, en remerciant les organisateurs. Il apparaît lui-même plusieurs fois sur la vidéo.

Le ministère a reconnu auprès de BFMTV que le jeu avait été autorisé mais a soutenu que les images diffusées ne correspondaient pas à ce qui avait été validé.

Cependant, selon les informations du Figaro , la vidéo de l’événement n’a été diffusée qu’après une validation « minutieuse » de la direction de la communication du ministère.

À l’AFP, le ministère a souligné que le Garde des Sceaux s’était toujours montré favorable à ce que des détenus se voient proposer des activités sportives et culturelles. Mais les activités présentées dans le projet de départ n’apparaissaient pas telles qu’elles se sont révélées dans cette vidéo, notamment celle de karting.

5. Pourquoi une telle polémique ?

« Colonie de vacances », « lieu de privation des libertés »… L’activité de karting concentre les critiques.

« Ce qui nous choque, ce sont les images, le coût. Deux détenus ont fait du karting. On a dépensé autant d’argent pour deux détenus sur une prison qui compte plus de 1 000 détenus. C’est l’une des prisons les plus vétustes de France, je pense qu’il y avait autre chose à faire », a fustigé Emmanuel Baudin, secrétaire général du syndicat national pénitentiaire Force Ouvrière (FO).

Cédric Boyer, responsable FO Justice à la prison de Fresnes, a souligné auprès de l’AFP que la réinsertion passe par la formation professionnelle, le travail, l’école et surtout l’indemnisation des victimes et que « la prison est un lieu de privation des libertés ».

Le député LR Éric Ciotti a aussi souligné que « nos prisons ne sont pas des colonies de vacances dans lesquelles détenus et gardiens tissent des liens d’amitié​ ».

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