Campagnes présidentielles de Macron : le rôle du cabinet McKinsey au cœur de deux enquêtes judiciaires

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« On a l’impression qu’il y a des combines, c’est faux. » Interrogé, le 27 mars 2022 sur France 3, sur les nombreux contrats passés par l’Etat avec des cabinets de conseil, Emmanuel Macron s’était montré agacé, expliquant : « S’il y a des preuves de manipulation, que ça aille au pénal. » Une parole prémonitoire. Le Parquet national financier (PNF) a confirmé, jeudi 24 novembre, par communiqué, des informations du Parisien : la justice enquête sur les relations étroites entretenues entre le cabinet américain de conseil McKinsey et le pouvoir. Et si le PNF ne le précise pas explicitement, ce sont bien les liens d’Emmanuel Macron avec le cabinet, notamment durant ses campagnes de 2017 et 2022, qui sont ciblés.

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Trois enquêtes sont en cours, précise l’institution judiciaire : une information judiciaire est ouverte depuis le 20 octobre pour « tenue non conforme de comptes de campagne et minoration d’éléments comptables dans un compte de campagne », portant sur « les conditions d’intervention de cabinets de conseils dans les campagnes électorales de 2017 et 2022 ». Une seconde information judiciaire porte sur des chefs de « favoritisme et recel de favoritisme ». Ces deux procédures font suite à une enquête préliminaire ouverte le 31 mars contre le cabinet de conseil américain, pour « blanchiment aggravé et fraude fiscale aggravée ».

La justice s’est intéressée à McKinsey – qui n’a pas répondu à nos sollicitations – à la suite des travaux menés par la commission d’enquête sénatoriale sur le rôle des cabinets de conseil. Les dépenses de l’Etat pour solliciter les services de ces organismes privés ont plus que doublé entre 2018 et 2021, pour dépasser le milliard d’euros, notait le rapport. Il révélait également que la branche française de McKinsey, qui bénéficie de nombreux contrats du gouvernement, ne payait aucun impôt dans l’Hexagone depuis dix ans grâce à un montage fiscal avantageux.

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Le Sénat avait saisi la justice en mars, estimant que les témoignages des dirigeants de McKinsey devant la commission – ils avaient assuré s’acquitter de l’impôt sur les sociétés – étaient mensongers. Le siège français de McKinsey a été perquisitionné le 24 mai, dans le cadre de cette enquête. Parallèlement, des particuliers et des associations de victimes du Covid-19 ont multiplié les plaintes visant la gestion par l’Etat de la crise sanitaire, mais aussi le cabinet de conseil américain, qui a bénéficié de nombreux marchés liés à la pandémie.

Obtention de nombreux contrats publics

Ces plaintes et l’enquête sur McKinsey ont conduit les enquêteurs à s’intéresser également aux liens entre le cabinet de conseil américain et le chef de l’Etat. Devant les sénateurs, en février, Karim Tadjeddine, le patron de la branche service public du cabinet américain, avait assuré : « Nos statuts nous interdisent de travailler, à titre payant ou pro bono [gratuitement], pour des organisations ou des personnalités politiques. Nous ne le ferons jamais ».

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