« Avec le “quoi qu’il en coûte”, qu’il soit sanitaire ou énergétique, le gouvernement français est passé expert dans l’art de l’apesanteur économique »

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Si vous voulez expérimenter les joies de l’espace et soudain flotter dans l’air, pas besoin de fusée. On peut monter à bord d’un Airbus spécial qui effectuera un vol parabolique durant lequel vous expérimenterez, moyennant quelques milliers d’euros, vingt-deux secondes sans gravité. C’est peu et relativement coûteux (ni très écologique).

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Avec le « quoi qu’il en coûte », qu’il soit sanitaire ou énergétique, le gouvernement français est passé expert dans l’art de l’apesanteur économique. Avec des résultats certains, mais à chaque fois au prix de dépenses astronomiques et d’un retour sur terre pénible. Témoin les colères qui se manifestent aux pompes à essence depuis la baisse de la ristourne sur les carburants, le 15 novembre.

Tous les pays européens ont tenté d’amortir, cette année, l’envolée des prix du pétrole en accordant des ristournes sur les prix à la pompe. Mais aucun n’a dépensé autant que la France. Le coût pour l’Etat approchera 8 milliards d’euros, quand l’Allemagne a dépensé un peu plus de 3 milliards.

Traumatisée par le soulèvement des « gilets jaunes » en 2018, la France a dépensé quasiment autant pour faire rouler les automobilistes que pour les chauffer au gaz. Une initiative généreuse et efficace, mais injuste. Elle favorise les plus aisés et leurs gros 4 × 4, et contredit la politique proclamée de lutte contre le réchauffement climatique. Pour éviter un sevrage trop violent pour les dizaines de millions de Français qui n’ont pas d’autre choix que la voiture pour se déplacer, un dispositif ciblé est mis en place. Il sera évidemment plus complexe et moins efficace, mais un peu plus vertueux.

Le reflet du tropisme consumériste de la France

Grace à ce dispositif d’urgence, des drames ont sûrement été évités. Cette politique est « l’assurance-vie de l’économie française », a coutume de dire le ministre délégué chargé des comptes publics, Gabriel Attal. Elle est, en tout cas, le reflet du tropisme consumériste de la France. Cette « société du supermarché », comme le décrit le politologue Jérôme Fourquet, où les Intermarché ont remplacé les usines dans nos campagnes, se précipite pour réduire le prix du super, mais ne pense pas spontanément aux entreprises.

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Ce n’est qu’en octobre que le gouvernement a proposé un plan d’aide énergétique aux entreprises, tellement ciblé, lui, que son efficacité sera limitée. D’où la colère du patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, qui constate que, quand la France promet d’y consacrer 10 milliards, l’Allemagne, à l’inverse, plus productiviste que consumériste, y engagera 100 milliards et renforcera sa compétitivité. Demande ou offre, à chacun ses priorités. Mais un nouvel arbitrage se fait jour, la consommation face à l’environnement. Quel choix fera la France ?

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