- Le traité New Start, dernier accord de maîtrise des armements liant les États-Unis et la Russie, doit expirer ce jeudi 5 février.
- Pour en savoir plus, TF1info a interrogé la chercheuse Maïlys Mangin, spécialiste des questions nucléaires.
Sauf surprise de dernière minute, l’ultime traité de contrôle des armements nucléaires liant les États-Unis et la Russie devrait expirer d’ici quelques jours. Le traité New Start, quasi moribond, arrivera à échéance ce jeudi 5 février, ravivant le risque de prolifération nucléaire. Russes et Américains multiplient les annonces sur la modernisation de leur arsenal, tandis que la Chine avance à marche forcée pour rattraper son retard, faisant craindre une nouvelle course à l’armement nucléaire. Pour en savoir plus, TF1info a interrogé Maïlys Mangin, chercheuse associée au Centre interdisciplinaire sur les enjeux stratégiques (CIENS), spécialiste des armements nucléaires.
Qu’est-ce que le traité New Start ?
Ce traité, signé en 2010 et l’un des piliers des accords de désarmement entre Moscou et Washington, limitait chaque partie à 800 lanceurs et bombardiers lourds et 1.550 ogives stratégiques offensives déployées, avec un mécanisme de vérifications.
La Russie avait annoncé en février 2023 suspendre sa participation au traité sans pour autant s’en retirer formellement, indiquant qu’elle continuerait à respecter les limites prévues. « Pour autant, les services de renseignement des deux pays restaient vigilants, et aucun des deux pays n’a dénoncé de violation des limites de New Start à ce jour. Pour la Russie, l’objectif était surtout d’utiliser l’interruption des inspections comme levier de négociation sur l’Ukraine »
, explique la chercheuse Maïlys Mangin.
Pourquoi aucun accord n’a été trouvé ?
En septembre 2025, le président russe Vladimir Poutine avait proposé à Washington de prolonger d’un an les termes du traité, une proposition qualifiée de « bonne idée »
par son homologue américain Donald Trump mais à laquelle les États-Unis n’ont finalement pas donné suite. En juillet, le dirigeant républicain avait déclaré que « lorsque l’on supprime les restrictions nucléaires, c’est un problème majeur pour le monde entier »
. Entre-temps, il a pris le monde de court en annonçant, peu avant sa rencontre avec son homologue chinois Xi Jinping en Corée du Sud fin octobre, sa volonté de reprendre les tests d’armes nucléaires (nouvelle fenêtre), justifiant sa décision par les « programmes d’essais »
d’autres pays.
La Russie et les États-Unis disposent de près de 87% du total mondial d’ogives nucléaires
La Russie et les États-Unis disposent de près de 87% du total mondial d’ogives nucléaires
Maïlys Mangin, chercheuse associée au Centre interdisciplinaire sur les enjeux stratégiques (CIENS)
Les négociations en vue du renouvellement du traité étaient restées dans l’impasse pendant tout le premier mandat (2017-2021) du président américain, qui déjà voulait voir la Chine incluse dans les restrictions des arsenaux. « Donald Trump voudrait initier des négociations de maîtrise des armements nucléaires qui incluraient la Russie, mais aussi la Chine dont l’effort de modernisation nucléaire inquiète beaucoup à Washington
. Mais Pékin n’y est pas favorable, car son arsenal nucléaire reste très en deçà de celui des États-Unis et de la Russie. La Russie et les États-Unis disposent de près de 87% du total mondial d’ogives nucléaires »
, souligne la chercheuse.
Pour cette spécialiste des armes nucléaires, la volonté d’inclure la Chine dans les discussions n’est pas la seule raison pour expliquer le non-renouvellement du traité New Start qui lie les États-Unis et la Russie. « Plus largement, la reprise des discussions autour de la limitation des arsenaux stratégiques est aujourd’hui entravée par l’évolution des armements et de leurs effets sur la stratégie militaire. Un nouveau traité devrait probablement aborder d’autres catégories d’armes nucléaires, notamment celles à courte et moyenne portée et celles récemment développées par Moscou »
, précise Maïlys Mangin.
Est-ce qu’il s’en inquiéter ?
Des frappes américaines sur les sites nucléaires iraniens au tir d’essai du missile à propulsion nucléaire russe Bourevestnik en passant par l’avancée à marche forcée de l’arsenal nucléaire chinois, le panorama nucléaire s’est assombri l’année dernière et 2026 ne commence pas mieux, selon les observateurs. Le monde est « confronté au risque de prolifération nucléaire du fait de l’effritement du cadre juridique sur la maîtrise des armements »
, a mis en garde en début d’année le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. Avec l’expiration à venir du traité de désarmement nucléaire New Start, le monde sera « dans une situation plus dangereuse qu’auparavant »
, a déclaré aux journalistes le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov.
Une fois que le traité aura expiré, « il est possible que l’on observe une forme de statu quo pendant un temps, mais cela libère les États-Unis et la Russie des dernières contraintes qui pesaient sur leurs arsenaux à longue portée »
, prévient Maïlys Mangin. « L’expiration de New Start est un mauvais signal pour la sécurité internationale. Cela intervient dans un contexte plus général d’érosion du régime de maîtrise des armements nucléaires. Depuis la fin de la guerre froide, ce régime s’est confronté à une succession de retraits et de non renouvellements (traité ABM en 2002, traité FNI en 2019, traité Ciel ouvert en 2021) jusqu’à la suspension de New Start en 2023. On passe d’un cadre juridiquement contraignant de réduction et de limitation des arsenaux à une gestion plus instable et compétitive de la dissuasion »,
poursuit la spécialiste.
Autre
rendez-vous important est à surveiller, la conférence d’examen du Traité de non-prolifération (TNP), qui doit se tenir en avril aux États-Unis. « Le TNP est un accomplissement majeur dans le domaine de la maîtrise des armements nucléaires. Or il est aujourd’hui traversé par de fortes tensions liées à la transformation des grands équilibres stratégiques. Dans ce contexte, la conférence d’examen risque de buter sur les divergences croissantes entre États parties au TNP. Un travail diplomatique important devra être accompli pour contenir ce risque »
, estime Maëlys Mangin. « Il va falloir qu’on trouve de nouveaux mécanismes de coordination pour retrouver une forme de stabilité. Si un accord de maîtrise des armements nucléaires en bonne et due forme semble inatteignable à court terme, il faut viser des mesures permettant de réduire le risque d’escalade nucléaire »
, soutient la chercheuse.




