
L’inspection générale de la justice a reconnu, jeudi 19 février, une « accumulation de défaillances » des services de l’Etat qui n’ont pu empêcher le féminicide d’Inès Mecellem, tuée à Poitiers le 8 septembre 2025, alors qu’elle avait déposé plusieurs plaintes contre son ex-compagnon.
Cette affaire met en lumière un « paradoxe » déjà observé dans d’autres cas : malgré l’existence d’« outils nombreux » et d’un « cadre clair », « le danger extrême pesant sur la victime n’a été ni correctement évalué, ni suffisamment anticipé », relève le rapport de l’inspection générale de la justice, qui avait été saisie par le ministre de la justice, Gérald Darmanin.
Inès Mecellem, 25 ans, avait été retrouvée poignardée de plusieurs coups de couteau à son domicile. Deux jours avant le drame, le 6 septembre 2025, elle avait activé son téléphone grave danger (TGD), un dispositif qui permet pour les victimes de violences conjugales d’alerter rapidement les forces de l’ordre, se sachant traquée. La victime avait déposé une plainte le 10 juillet, puis était retournée au commissariat le 17 juillet, et de nouveau les 13, 19 et 28 août, se disant harcelée et menacée de mort.
« L’analyse de la prise en charge de la situation de la jeune femme met en évidence des fragilités significatives dans l’évaluation du risque, le traitement des plaintes et la coordination judiciaire », souligne le rapport. Les outils existent mais « leur efficacité repose sur une coordination, qui, en l’espèce, n’a pas fonctionné ». Ce drame met en évidence notamment « la nécessité d’un pilotage renforcé du suivi des dossiers de violences intrafamiliales par le parquet », insiste le rapport.
Peu avant sa publication, le ministre de la justice, Gérald Darmanin, a annoncé un « changement de méthode » dans la lutte contre les violences faites aux femmes face aux « failles » persistantes du système judiciaire dans ce domaine.
A cette fin, il a annoncé notamment la création d’un guichet national des téléphones grave danger « dans les toutes prochaines semaines », l’homogénéisation des stages de responsabilisation des auteurs de violences sexuelles et sexistes ou encore l’expérimentation d’audiences communes (civiles et pénales).
Selon les associations féministes, 167 féminicides ont été commis en France en 2025. Les chiffres officiels font état de 107 féminicides conjugaux en 2024, un chiffre en hausse sur un an.




