- Avant de savoir qu’elle allait repartir dans le vide spatial, le 25 août prochain, Sophie Adenot nous a accordé un entretien depuis la station internationale.
- L’occasion de revenir avec elle sur sa première sortie extravéhiculaire et sur ce qu’elle a ressenti une fois son corps dans l’espace.
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Première sortie dans l’espace pour Sophie Adenot
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Sophie Adenot va remettre la tête hors de l’ISS le 25 août, pour terminer la mission qui lui a été confiée, à elle et à l’Américain Anil Menon. L’occasion de renouveler l’expérience qu’elle a vécue le 18 août, considérée par les astronautes eux-mêmes comme « la plus belle récompense »
. Avant de savoir qu’elle allait retourner dans le vide spatial, nous avons pu échanger avec elle, jeudi. Voici l’intégralité de l’entretien qu’elle nous a accordé, dont des extraits ont été diffusés dans le JT de 20H du 21 août.
Qu’est-ce que ça fait d’être en dehors de l’ISS ? Est-ce qu’on a le temps d’apprécier la vue ?
Une sortie extravéhiculaire, c’est vraiment quelque chose d’inoubliable, c’est inimaginable ! Même encore maintenant je pense que j’ai du mal à me rendre compte de ce qui s’est passé. C’est une expérience qui est d’une intensité incroyable, tant dans la phase de préparation que dans la phase de l’ouverture du sas et toutes les phases où ensuite on travaille, on fait le mécano de l’espace. Le temps d’apprécier la vue ? C’est assez délicat parce que c’est vrai qu’on est très occupé. Mais il y a eu quelques moments de pause où j’ai pu apprécier la vue et me dire à quel point j’étais heureuse d’être là et chanceuse finalement d’avoir ce point de vue assez unique.
Des astronautes ayant déjà participé à des EVA ont dit que quand on sort les pieds en avant du sas, malgré tout l’entraînement qu’on a eu, le cerveau se rebelle et dit : « Il ne faut pas y aller ». Avez-vous ressenti ça ?
Ce qui est sûr, c’est que dans toute la phase de préparation et jusqu’à l’ouverture du sas, il y a une vraie dissonance cognitive. Une dissonance entre une partie de soi qui a vraiment envie d’y aller, de voir quel est le point de vue depuis là-haut et d’aller travailler à l’extérieur de la station, et puis l’autre partie du cerveau qui se dit : « Non, que c’est complètement dingue, est-ce que j’ai fait les bons choix de vie ? » Parce que quand même, l’être humain n’est pas vraiment fait pour ça en fait, l’environnement est hostile, tout est compliqué, le scaphandre est imposant. Il y a ce débat entre les deux parties du cerveau.
Rencontrer tous les pépins techniques, coup sur coup, c’était assez impressionnant !
Rencontrer tous les pépins techniques, coup sur coup, c’était assez impressionnant !
Sophie Adenot à TF1
Pour moi, toute la préparation mentale, justement, consistait à me dire que cette dissonance cognitive est vécue par tous les astronautes, donc je demande juste à la partie de mon cerveau qui a l’analyse un peu plus négative de gentiment se taire pour que je puisse apprécier et faire un travail efficace. J’ai eu la chance que cette préparation mentale ait très bien marché, parce que dès l’ouverture du sas, j’étais dans un état d’esprit très positif et j’ai pu vraiment apprécier chaque seconde.
Est-ce qu’il y a des choses auxquelles l’entraînement ne vous avait pas préparée ?
Alors je pense qu’on a eu notre lot de surprises pendant cette sortie extravéhiculaire. On s’était préparés à tous les dysfonctionnements possibles et inimaginables. Nos pages de cas non conformes dans les procédures étaient presque plus impressionnantes que les pages de cas conformes. On avait vraiment tout envisagé avec les équipes au sol. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne pensait pas rencontrer tous les pépins techniques à chaque vis, à chaque connecteur électrique, à chaque étape…. On les a tous eus ! C’est sûr que de les avoir, coup sur coup, c’était assez impressionnant et heureusement que l’équipe était très très soudée, qu’on était très préparés et donc on a réussi à surmonter tous les défis dans un état d’esprit positif pour aller de l’avant. C’était vraiment un grand travail d’équipe qui s’est joué beaucoup à la préparation.
Le lendemain, on se sent courbaturé de partout et en particulier au niveau du haut du corps
Le lendemain, on se sent courbaturé de partout et en particulier au niveau du haut du corps
Sophie Adenot, à propos des effets d’une sortie extravéhiculaire
Je reviens sur une chose complètement anecdotique mais qui m’a amusée : quand je suis rentrée à l’intérieur de la station et que les équipes ont enlevé mon casque et ouvert le scaphandre, j’ai senti l’odeur de la station à nouveau et ça m’a fait la même surprise que quand je suis arrivée ici pour la première fois parce qu’il y a une odeur propre à la station. C’était assez amusant, ça m’a surprise.
Comment se sent-on après une sortie extravéhiculaire ? Dans quelle mesure le corps souffre-t-il ?
Effectivement, c’est une véritable épreuve physique qui se joue plusieurs jours avant dans la préparation. Déjà il faut être en bonne forme physique, il faut vraiment que tout soit aligné pour être au top de sa forme à l’instant T, le jour J. Que ce soit le sommeil, l’alimentation, tout est pensé avec les équipes de médecins et d’entraîneurs sportifs. Le lendemain, on se sent courbaturé de partout et en particulier au niveau du haut du corps, parce que c’est le haut du corps qui travaille très fort. À chaque fois qu’on tient quelque chose dans sa main, même si on ne serre pas très fort un objet, c’est comme si on serrait très fort une balle de tennis. À chaque mouvement du haut du corps, l’effort demandé est intense. Donc oui, le corps sent qu’il a fait un effort intense. C’est un petit peu comme après un gros accident de voiture pendant lequel on a été en tension et le lendemain, on a des courbatures. Voilà pour l’aspect physique, mais mentalement, on est content d’avoir vécu ça. On est dans la phase de débriefing pour évaluer la suite et ce qu’on va faire, mais je suis principalement contente d’avoir vécu ça en équipe.
Depuis l’espace, avez-vous pu voir notre pauvre France ravagée par les incendies, desséchée de partout ?
On voit tous les champs qui sont jaunes et que la couleur de la France n’est pas la même en été après avoir « séché ». Pour les feux de forêt, on voit des masses de nuages et des fumées qui sont assez impressionnantes. J’ai tellement d’empathie pour les gens qui assistent et qui aident à lutter contre ces feux que j’ai emporté sur ma checklist
, sur mon bras pendant la sortie extravéhiculaire, un message. Je pense que les photos vont arriver dans quelques jours, le temps que les équipes les analysent et trouvent la bonne photo. On y voit un message pour remercier les pompiers de leur travail héroïque pour aider à arrêter les incendies.
Avez-vous hâte de rentrer sur Terre ?
Pour l’instant, je suis bien là où je suis, à l’instant T. Je me dis que je serai contente de redécouvrir les petits plaisirs sur Terre, une fois que j’y serai. Toute ma vie d’ici [sur la station] probablement me manquera aussi. Mais ma philosophie, c’est d’apprécier l’instant présent plutôt que de me projeter dans un futur. J’apprécie l’instant présent comme j’apprécierai l’instant présent au moment du retour sur Terre aussi dans quelques semaines.



