jeudi, février 19

  • Le patron de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) était aux premières loges lors des négociations entre les États-Unis et l’Iran, en début de semaine à Genève.
  • Ce mercredi sur LCI, Rafael Grossi revient sur ce « moment clé » au cours duquel il dit déceler « un dialogue qui commence vraiment à prendre forme ».
  • Selon lui, « il y a urgence à trouver un accord pour éviter de nouvelles actions militaires », alors qu’après les bombardements de juin 2025, « la plupart du matériel [nucléaire] accumulé par l’Iran est toujours là où il était ».

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Iran – Etats-Unis : l’inquiétante escalade

Vous vivez des heures très graves où tout peut basculer entre la paix ou la guerre. Vous avez assisté au nouveau cycle de négociations avec les Iraniens et les Américains en Suisse, comment était-ce ?

C’est un moment clé dans cette longue histoire jalonnée de succès mais aussi d’échecs. Et c’est un moment clé dans cette longue impasse qui a été marquée évidemment par les conflits, par « La guerre de douze jours » au mois de juin de l’année dernière. Et là, il y a la possibilité d’un dialogue qui commence vraiment, pour la première fois, à prendre forme. Le fait d’avoir moi-même été convié par les intéressés, c’est une indication positive parce qu’on commence à parler des choses concrètes, de ce qu’on doit faire.

Comment Américains et Iraniens se parlent-ils ? 

Je crois que le dialogue est fluide. Même s’il s’agit de personnes qui proviennent de cultures et d’institutions différentes, c’est surtout des hommes intelligents. Et donc, ils peuvent aller au cœur d’un problème. Finalement, ici, n’oublions pas que, malgré la dimension technique et le jargon, c’est aussi un problème de sécurité et de défense dont il est en question. À ces niveaux-là, il y a une compréhension claire de part et d’autre.

Il y a urgence à arriver à un accord qui puisse permettre d’éviter des nouvelles actions militaires dans la région.

Rafael Grossi sur LCI

Vous êtes l’autorité suprême en matière de contrôle du nucléaire. En l’état, à l’heure où nous parlons, est-ce qu’il reste de l’uranium enrichi aux Iraniens qui pourraient servir, s’ils le voulaient, à une bombe ?

Oui, la plupart du matériel que l’Iran avait accumulé jusqu’au mois de juin de l’année dernière, malgré les bombardements, malgré les attaques, est toujours là, dans la plus grande quantité, où il se trouvait au moment des attaques. Et donc, il y a une partie qui est peut-être moins accessible, mais le matériel, est toujours là. Donc, d’un point de vue de non-prolifération, le matériel est toujours là. C’est pour cela qu’il y a tellement d’intérêt, je dirais d’urgence, d’arriver à un accord qui puisse permettre d’éviter de nouvelles actions militaires dans la région.

Comment expliquer, après les bombardements, qu’une partie du matériel ait survécu ? 

Parce qu’on sait exactement où le matériel était stocké. Et si on n’a pas pu accéder aux installations depuis la guerre, on a fait une évaluation assez exacte des dégâts. Et on sait que le matériel était là et qu’il était protégé. Donc, pour la plupart, il est toujours là.

En termes d’intention, il y a quelques mois, vous nous disiez que vous n’aviez pas trouvé d’éléments indiquant qu’il existe un plan actif systématique à fabriquer l’arme nucléaire. En termes d’intention, est-ce que vous avez d’autres signaux ?

Non, si au moment des attaques, ça n’existait pas, ça n’a pas changé. Ce qui peut changer, ce sont les intentions. Mais moi, je ne vois pas [cette hypothèse]. Je vois au contraire, au jour d’aujourd’hui, une volonté de part et d’autre d’arriver à un accord. Mais évidemment, l’accord est très complexe. Donc, il faut savoir décliner ces intentions dans une formule techniquement fiable. Et là, je crois qu’il y a encore des espaces de désaccord ou absence d’accord mais c’est dans ces processus précisément qu’on se trouve maintenant.

À Genève, on a fait deux pas en avant, mais il reste encore des efforts à faire

Rafael Grossi sur LCI

Raphaël Grossi, si la guerre venait à débuter, est-ce que le nucléaire iranien, aujourd’hui, est à portée des bombardements américains ?

Tout est à portée des bombardements américains, et on l’a vu. Et c’est pour ça qu’il faut éviter que ça se reproduise, parce qu’on sait qu’il s’agirait peut-être d’un épisode beaucoup plus violent, avec des conséquences plus graves, avec peut-être des participations de pays tiers. Donc je crois qu’il faut tout faire pour que ça puisse être évité. Je crois que lundi et mardi, à Genève, on a fait deux pas en avant. Mais il reste encore des efforts à faire. Le problème, c’est qu’on n’a pas trop de temps.

Vous connaissez bien la région, vous êtes un diplomate chevronné. Si demain, les Israéliens et les Américains bombardent la République islamique d’Iran, craignez-vous un embrasement du Proche-Orient ?

Évidemment. Et vous voyez, au cours de ces conversations, on s’est concentrés sur le volet nucléaire. Mais il a été précédé d’une réunion plus large, où plusieurs pays de la région étaient présents. Et pourquoi ? Parce qu’évidemment, ils sont tous conscients des conséquences militaires, économiques, politiques qu’on pourrait avoir dans le cas d’une nouvelle confrontation militaire. 

Si on commence, encore une fois, des activités militaires, il y a le potentiel que ça fasse tâche d’huile

Rafael Grossi

Vous savez que, par exemple, pour la conversation d’hier, on a eu la médiation et le patronage du ministre des Affaires étrangères d’Oman. Et dans les réunions précédentes, d’autres pays de la région, le Qatar, l’Arabie Saoudite, d’autres, étaient présents. Donc, cela en dit long par rapport aux préoccupations de la région. On sait que cette fois-ci, si on commence, encore une fois, des activités militaires, il y a le potentiel que ça fasse tâche d’huile et que ça commence à s’étendre à d’autres pays. Donc, il faut tout faire pour éviter cette situation.

Raphaël Grossi, vous êtes candidat au secrétariat général de l’ONU. Vous êtes une personnalité centrale au sein des Nations unies. Est-il imaginable qu’il y ait un mandat des Nations unies ? Pour l’instant, les Américains agissent seuls…

Pas pour l’instant, je dois être clair. C’est déjà important que les acteurs aient reconnu l’importance de l’implication et la participation de l’ONU représentée par l’AIEA, par l’Agence atomique. Donc je vois que, déjà, cela montre ou démontre que, dans une situation comme celle-ci, il faut un pont. Et c’est ça qu’on imagine pour l’ONU plus tard.

Darius ROCHEBIN

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