dimanche, janvier 25
Est-ce bien raisonnable de… porter un pantalon ultra large ?

Si le retour sur le devant de la scène de la terrifiante coupe skinny est annoncé avec insistance depuis des mois, à grand renfort de titres incantatoires dans la presse spécialisée, il est heureux de constater que celui-ci tarde à se concrétiser. Au contraire, une observation empirique de l’environnement indique clairement que nous nous trouvons encore en phase d’élargissement des jambes des pantalons.

De fait, il n’est pas rare de croiser dans l’espace public des jeunes filles et des jeunes garçons vêtus de modèles si amples que l’on pourrait tailler dans l’étoffe la veste assortie, sans rogner sur les volumes. D’un point de vue purement esthétique, le phénomène est évidemment crispant. En avalant les chaussures et en déséquilibrant les silhouettes, ces pantalons démesurément larges rappellent qu’en matière vestimentaire, ce qui est excessif est aussi insignifiant.

Néanmoins, ce verdict mérite d’être mis en perspective par une lecture culturelle de la situation. En effet, le pantalon, et plus précisément sa coupe, s’est imposé au fil du temps comme le marqueur infaillible des mouvements de jeunesse et de rébellion. Concrètement, aucun autre vêtement ne définit mieux les hippies que les pattes d’eph’. De même, les pantalons dits « feu de plancher » accompagnent pour toujours les mods et les minets, quand les jeans étroits resteront, eux, éternellement liés aux punks et autres rockeurs énervés.

Lire aussi | A Milan, le vestiaire masculin prend le large

Mais c’est l’extrême largeur qui a le plus souvent caractérisé ces vêtements étendards. Ainsi, dans les années 1920, des étudiants anglais lancèrent la provocante mode de l’oxford bag, un modèle pouvant atteindre près de 1 mètre de circonférence à la cheville. Vinrent, deux décennies plus tard, les zoot suits, portés par les jeunes Noirs et Latino-Américains : des pantalons si amples qu’on finira par les bannir. Plus tard émergèrent les bien connus baggys, portés par les danseurs de hip-hop, les rappeurs et les skateurs.

Lire aussi | Est-ce bien raisonnable de… ressortir ses jeans skinny ?

Ainsi, à l’heure de juger de la qualité de ces pantalons surdimensionnés fleurissant dans les rues, considérons que ceux-ci puissent ne pas être qu’une erreur de jeunesse, mais bien la revendication d’une culture, voire d’une critique chargée d’un sens politique. En l’occurrence, si cette tendance à l’ultra-large est une protestation contre les jeans skinny moulant maladroitement certains corps, disons-le franchement : nous sommes pour.

Retrouvez ici toutes les chroniques « Est-ce bien raisonnable de… »

Share.
Exit mobile version