Alors que le conflit s’inscrit dans la durée aux États-Unis, Donald Trump a appelé ce samedi plusieurs pays, dont la France, à envoyer des navires de guerre pour sécuriser le détroit d’Ormuz, par où transite en temps normal 20 % du pétrole mondial. Le président américain assure que la marine américaine va « très bientôt » commencer à escorter les pétroliers dans le détroit. Ces escortes de navires marchands par des navires militaires sont en théorie possibles à mettre en œuvre, mais elles seraient extrêmement risquées dans le cas présent, selon Loïc Guermeur, ancien navigateur de la Marine nationale et spécialiste de l’histoire navale, auteur de « Les grandes histoires navales de la Seconde Guerre mondiale », interrogé par notre journaliste Daniel Vallot.
« Une des essences même des marines de guerre, c’est d’escorter le trafic commercial, c’est ce qui se fait depuis des siècles et des siècles, rappelle Loïc Guermeur. Pendant la guerre Iran-Irak, il y a eu plusieurs opérations, notamment l’opération « Earnest Will », durant laquelle l’US Navy avait escorté le trafic commercial des tankers koweïtiens. »
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« Ça va nécessiter une sacrée organisation »
Cependant, le spécialiste évoque un contexte qui a bien évolué depuis. « La menace a changé puisqu’avec l’apparition des drones et avec la complémentarité des systèmes de mines, on a un danger qui est bien plus puissant que dans les années 1980. Donc, théoriquement, oui, c’est possible, mais ça va nécessiter une sacrée organisation, que ce soit au niveau des frégates, des chasseurs de mines ou de l’aviation », souligne-t-il.
Pour Philippe Sébille-Lopez, fondateur du cabinet Geopolia (spécialiste en géopolitique énergétique), interrogé par notre journaliste Nicolas Feldmann, engager des navires américains pour escorter des pétroliers dans le détroit est même un « pari risqué ». « Le détroit d’Ormuz, c’est vraiment un goulet d’étranglement. Dès lors que vous savez que des convois vont passer, vous pouvez régler ou prérégler une capacité de destruction », explique-t-il. « Après, au niveau de l’interception par les navires américains d’escorte, oui, ils ont des dispositifs. Tout ce qui est à bord embarqué sur la flotte américaine. Donc, là, il y a des équipements, évidemment, anti-frappe aérienne. Mais combien en ont-ils ? »
« De l’autre côté et en Iran, combien reste-t-il de missiles et autres drones ? Parce que ça, il y en a aussi beaucoup. Donc, c’est un pari risqué. Je pense que les États-Unis savent très bien à quoi ils s’exposent. C’est clair », poursuit-il.
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