mercredi, mars 25

  • Cire, laser, lumière pulsée… L’épilation, temporaire ou définitive, peut provoquer des douleurs et d’éventuelles blessures.
  • Un récent arrêt de la Cour d’appel de Chambéry confirme qu’une cliente blessée peut obtenir des dédommagements de la part de l’institut de beauté.
  • Mais la justice fixe ses conditions.

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Vos droits

Une séance d’épilation ne fait jamais de bien. Des brûlures, une hyperpigmentation ou une hypopigmentation et des douleurs peuvent persister après une séance. Des cicatrices ou kystes peuvent signaler une brûlure profonde mal soignée. Mais des infections cutanées révèlent des soins post-séance pas suffisamment respectés. Résultat : pour faire condamner l’institut de beauté, il faut prouver le lien de causalité entre le préjudice corporel et les soins esthétiques, comme le montre l’affaire suivante.

En juillet 2017, une trentenaire se fait faire une épilation du maillot dans un institut de beauté qu’elle connaît bien et dont elle dispose même d’un abonnement. Elle se plaint de la température de la cire à l’esthéticienne. Elle se rend aux urgences et quelques semaines plus tard, son dermatologue met en exergue la présence de « lésions érythémateuses et prurigineuses ». Il pratique une biopsie et diagnostique un psoriasis génital. La cliente assigne l’institut de beauté pour obtenir réparation de son préjudice. De son côté, l’établissement conteste tout lien de causalité entre les soins et le psoriasis. Il s’appuie sur les décisions d’un expert, désigné en référé, qui conclut qu’il « est difficile de trancher de manière certaine sur la responsabilité de l’acte esthétique sur l’apparition du psoriasis (qui peut être multifactoriel) ».

Souffrances physiques documentées

Dans ce même rapport, l’expert déclare que « la survenue concomitante du psoriasis après la séance d’épilation et sa persistance sur la même zone suggèrent une relation directe entre la dermatose et l’acte d’épilation ». Il localise les brûlures à l’endroit de l’épilation litigieuse. La plaignante produit de son côté de nombreuses attestations de ses souffrances physiques.

La Cour d’appel de Chambéry confirme que « les soins esthétiques, non-diligents et attentifs » viennent du préjudice subi. Elle condamne l’institut de beauté à verser près de 10.000 euros à la plaignante pour déficit fonctionnel temporaire, préjudice sexuel temporaire, préjudice esthétique temporaire, souffrances endurées.

Si une brûlure survient en raison d’une négligence, vous pouvez engager la responsabilité de l’institut de beauté pour faute ou négligence (article 1240 du Code civil). À noter que les esthéticiennes n’ont pas le droit d’utiliser un laser médical.

Mais cet arrêt rappelle néanmoins que pour faire valoir ses droits, il faut constituer un dossier solide, avec preuves et justificatifs, pour démontrer le lien de causalité entre le soin et les dommages, prouver et chiffrer le préjudice. Sans expertise médicale, le juge ne peut pas l’évaluer. En janvier 2024, une infirmière angevine saisit le tribunal d’Angers (nouvelle fenêtre) pour blessures involontaires. Après l’épilation dans un salon de beauté, un médecin reconnaît une brûlure au deuxième degré de ses jambes et lui attribue cinq jours d’ITT. L’entreprise rétorque que la cliente n’a pas respecté le protocole post épilation. Mais la substitut du procureur refuse l’indemnisation. Elle argue avoir « un doute sur une faute lourde » de la gérante et de sa salariée et dit ne pas croire à « une éventuelle défaillance ».

Geoffrey LOPES

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