jeudi, février 12

  • Après plus de deux ans d’attente, le gouvernement a enfin arrêté ses choix stratégiques pour l’avenir énergétique du pays.
  • Pour l’éolien terrestre, un ralentissement est acté et la priorité est donnée à « l’acceptabilité des projets ».
  • La programmation pluriannuelle de l’énergie prévoit ainsi de mettre l’accent sur la remotorisation des parcs existants : des éoliennes plus grandes et plus puissantes, mais ça ne sera pas possible partout. Explications.

« Augmenter la puissance et réduire l’impact paysager. » Tel est l’objectif pour les parcs éoliens terrestres fixé dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), formellement publiée vendredi matin par décret. Attendu depuis plus de deux ans, le texte fixe les grandes orientations stratégiques de la France en termes d’énergie, avec une priorité donnée au nucléaire, à l’hydroélectricité et à l’éolien en mer. 

Jeudi, la plupart des acteurs du secteur énergétique ont salué la publication de la PPE et ont partagé leur « soulagement » de voir des objectifs enfin arrêtés, permettant ainsi aux différentes filières de se projeter et de faire les investissements qui correspondent à cette trajectoire. « Je suis content qu’elle soit publiée et qu’elle soit publiée avec une ambition sur l’éolien et le solaire, a ainsi commenté pour TF1 Jules Nyssen, président du Syndicat professionnel des énergies renouvelables, car nous craignions une forme de moratoire avec des objectifs très bas. »

Des projets de parcs éoliens bloqués au niveau des préfectures

Si les énergies renouvelables ne sont pas écartées, la PPE prévoit tout de même un ralentissement du rythme de déploiement de l’éolien terrestre : 24 GW en 2025, 31 en 2030 et 35/40 en 2035. Au fil des années, le sujet de l’éolien terrestre est devenu en France un sujet politique sensible, et le débat de l’acceptabilité des parcs revient régulièrement. De fait, peu de projets sortent de terre, bloqués au niveau des préfets. 

« Il faut admettre que même si c’est une énergie recommandée par les rapports de RTE, sortir des projets est compliqué, », commente ainsi Nicolas Goldberg, expert énergie chez Columbus Consulting. Nous avons déployé 0,7 GW l’an dernier, du fait des préfets qui bloquent les autorisations… alors que nous étions à 1,5 GW il y a quelques années !« 

« Il y a une sensibilité politique sur les éoliennes terrestres, analyse Jules Nyssen. Il faut soigner la manière dont on met en œuvre les projets en lien avec les élus et les citoyens. » Pour contourner, le problème, le gouvernement mise sur des éoliennes plus puissantes et plus hautes, mais moins nombreuses, et dans moins de parcs. La France figure en effet parmi les pays qui ont les éoliennes les plus petites d’Europe. 

La gouvernance locale sera améliorée pour favoriser l’acceptabilité des projets et leurs retombées sur le territoire.

Le gouvernement

« La »PPE3 sera mise en œuvre en prenant en compte la réalité de chaque territoire, insiste ainsi le gouvernement dans le dossier de presse qui accompagne la publication de la stratégie. Partout où cela est possible, la remotorisation des parcs éoliens existants (c’est-à-dire le renouvellement des parcs avec des turbines plus puissantes) sera favorisée. La gouvernance locale sera améliorée pour favoriser l’acceptabilité des projets et leurs retombées sur le territoire. »

Suffisant pour renforcer l’acceptabilité sociale des parcs éoliens terrestres ? « On va avoir des éoliennes certainement encore plus grandes (…) Pour nos compatriotes qui sont à côté d’un parc éolien, c’est la chute du prix de leur foncier« , a réagi le porte-parole du RN et député Julien Odoul.

Par ailleurs, pour installer des éoliennes plus puissantes et plus grandes, la France devra adapter sa réglementation. « Il y a des plafonds de hauteur et aussi des restrictions liées aux radars civils et militaires, explique ainsi un expert du secteur énergétique. Nous avons aussi des restrictions liées au patrimoine. »

Résultat ? « Beaucoup de projets ne pourront pas être renouvelés« , estime ce spécialiste, qui estime qu’en l’état actuel des choses la filière de l’éolien terrestre va connaître « un ralentissement fort » avec cette PPE. 

« Cela vise 1,4 GW par an d’ici à 2030, ce qui ressemble beaucoup au rythme moyen des dix dernières années, confirme Andreas Rüdinger, expert des sujets énergie à l’Institut du développement durable et des relations internationales. Cela veut dire zéro perspective de croissance pour la filière. C’est paradoxal dès lors qu’on considère que l’éolien terrestre peut être la filière la moins chère (raccordement compris) en production décarbonée, mais c’est un compromis réaliste et pragmatique pour une filière mal-aimée en dépit de son importance. »

Marianne ENAULT

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