- L’Ukraine entrera bientôt dans la 5ème année d’un enfer quotidien, depuis l’invasion du pays en février 2022.
- Dans les zones les plus proches de la ligne de front, la menace est permanente, notamment à cause des drones.
- Une arme nouvelle, qui a obligé les Ukrainiens à se calfeutrer sous un réseau de filets de pêche.
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Les enquêtes de FX
Déjà 1.000 kilomètres de filets de pêche. Récupérés par les marins de Roscoff et des environs, ils sont offerts au peuple ukrainien. « C’est vraiment le maillage, et puis la résistance du crin, qui fait que pour les drones, ils se prennent dedans, ça ne va pas casser. Une fois qu’il est dedans, il est pris au piège »
, explique un marin-pêcheur dans le reportage du 20H ci-dessus. Quatre camions ont été affrétés pour un voyage jusqu’à la frontière ukrainienne, tous remplis de filets de pêche usagés, une matière première désormais beaucoup plus recherchée que de l’aide médicale.
« Je propose deux semi-remorques de pansements en gratuité totale à Kiev, et on me répond
‘non, envoyez-nous des filets. Les pansements, on n’en a pas besoin, on n’en veut pas’«
, sourit Christian Abaziou, de l’association « Kernic solidarités ». En novembre dernier, lors de son passage en France, le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait tenu à remercier en personne les pêcheurs bretons pour leur aide.
Les filets bretons, notre équipe les a retrouvés le long de la route stratégique qui mène à Kherson, une des villes d’Ukraine les plus bombardées depuis le début du conflit. Déjà 30 kilomètres de bitume ont été recouverts de ces tunnels de mailles, un travail manuel à la fois laborieux et dangereux, les positions ennemies n’étant situées qu’à 6 kilomètres. « Avant que nous n’installions ces filets de protection, il y a eu beaucoup de véhicules ciblés et calcinés sur cette route »
, explique un responsable au micro de TF1.

Non loin de là, dans un endroit tenu secret, on peut constater la débrouillardise des Ukrainiens, qui recyclent de nouveaux filets de pêche reçus, un trésor de guerre. Des centaines sont stockés en attendant d’être déployés. Le site est sécurisé, il pourrait être la cible d’une frappe russe. « Si on nous avait dit, il y a 4 ans qu’on protégerait nos vies avec des filets de pêche, on nous aurait pris pour des dingues »
, estime un des hommes au travail.
Avant de rentrer dans Kherson, le traducteur de notre équipe déploie un détecteur de drones. « Au moins, on saura si les Russes nous visent directement. L’appareil capte les fréquences, les 4 antennes servent à ça et si on n’a pas de chance, le drone apparaît à l’image »
, montre-t-il. Rouler vite est une nécessité, les grandes artères sont recouvertes de filets, 9.000 drones se sont abattus l’an dernier sur cette grande ville du sud, sur les rives du Dniepr. Le gouverneur de Kherson évoque une explosion toutes les 2 minutes dans la ville. Le détecteur émet des signaux inquiétants. « On capte la fréquence d’un engin russe, mais il n’y a pas d’image, donc il est encore un peu loin »
, rassure notre traducteur.
Une maternité dans la « zone rouge »
Sur un des marchés de la ville, on remarque que la majorité des échoppes sont fermées. Pour une raison simple, la rivière passe à 1 kilomètre d’ici. Sur l’autre rive, ce sont les positions russes. Elena est l’une des dernières commerçantes présentes quotidiennement, sur ce marché devenu presque fantôme, dans une ville qui a perdu 80% de ses habitants. « Je pourrais partir bien sûr, mais j’aurais honte. Si tout le monde quitte Kherson, il n’y aura plus de ville »
, affirme-t-elle.
La maternité est également située à proximité immédiate des zones de combat. Un militaire en civil escorte notre équipe sur un itinéraire où des bâtiments en ruines sont visibles, et où on ne croise que des ambulances. Un dernier virage marque l’entrée de la « zone rouge », un quartier « totalement inhabité »
, comme l’explique notre guide, « c’est impossible de vivre ici »
. Un filet de pêche est visible au-dessus de l’entrée de la maternité. Il retient un bout de la toiture, qui a volé en éclat lors du dernier bombardement.
Pour poursuivre son activité, la maternité n’opère plus que dans les sous-sols, derrière une porte blindée. Dans une ville en guerre, déménager le service entier est impossible, c’est donc ici que vient de naître Sviatoslav. Sa mère a été transportée par ambulance, au péril de sa vie, mais elle n’a pas vraiment eu le choix. « Il y a un autre hôpital dans le quartier où j’habite, je devais m’y rendre, mais il a été bombardé, Dieu merci, on a pu arriver jusqu’ici. On est de Kherson, on est des résistants »
, sourit la jeune mère. Les étages supérieurs de la maternité sont hors d’usage, privés d’électricité, et à portée de tirs des Russes qui ont récemment visé ce qui était auparavant des chambres de soins. Dans les sous-sols de cette maternité sont nés l’an dernier 130 bébés, à quelques centaines de mètres de la ligne de front.




