Transport aérien : « Tout miser sur l’innovation et la technologie ne peut en aucun cas nous éviter le crash climatique »

0
8

« D’ici dix ans, les carburants d’aviation durable représenteront 10 % des besoins de l’industrie. » Cette phrase, signée de l’Association internationale du transport aérien (IATA en anglais), a été prononcée en 2007. Or, quinze ans plus tard, cette part de carburants « durables » s’élève à… 0,01 %.

En matière de durabilité, le décalage entre les annonces et les résultats est toujours aussi criant dans le transport aérien. Les initiatives sont pourtant là, de même qu’une certaine volonté politique, mais les obstacles restent majeurs et la contrainte énergétique largement sous-estimée. Ainsi, tout miser sur l’innovation et la technologie, comme c’est le cas aujourd’hui, ne peut en aucun cas nous éviter le crash climatique.

Commençons par les carburants alternatifs, grand espoir des compagnies aériennes s’il en est. Certes, le secteur aérien est plus vertueux que l’automobile puisqu’il utilise des biocarburants de deuxième génération (donc n’entrant pas ou peu en concurrence avec des terres agricoles). Il s’agit principalement aujourd’hui d’huile de friture usagée ou de graisses animales. Mais cette ressource, la seule utilisée en masse aujourd’hui, ne sera jamais utilisable à grande échelle et couvrira au mieux 5 % des besoins de l’industrie d’ici à 2030, comme le reconnaissent les producteurs eux-mêmes.

Dans son plan de décarbonation, le secteur mise donc sur des technologies peu ou pas développées aujourd’hui, comme les carburants synthétiques (e-fuel), qui vont requérir des quantités colossales d’énergie (verte) pour être produits. Or, avec le mix électrique européen promis pour 2035, produire du e-fuel sera à peine moins polluant que du kérosène classique (et encore, à supposer que les Etats-membres tiennent leurs promesses en matière de décarbonation).

La fin de nombre d’illusions

Deuxièmement, l’avion « vert » ou « zéro carbone » est évoqué. On parle beaucoup de l’avion à hydrogène, en se focalisant sur la technologie. Mais qui se soucie sérieusement de l’énergie nécessaire pour alimenter de tels appareils ? Rappelons que l’industrie aérienne brûle près d’1,2 milliard de litres de pétrole chaque jour. Où diable va-t-on trouver l’énergie nécessaire pour produire l’équivalent en hydrogène ? Rien qu’en France, on estime que plusieurs réacteurs nucléaires supplémentaires seraient nécessaires, entièrement consacrés au secteur. Le même raisonnement vaut pour l’avion électrique. Surmonter les écueils technologiques est tout à fait envisageable, mais quid de l’énergie ? Loin de créer la pénurie énergétique, la guerre en Ukraine a seulement accéléré son apparition : l’heure de « la fin de l’abondance » a sonné et, avec elle, la fin de nombre d’illusions sur l’avion « propre » utilisé à grande échelle.

Il vous reste 56.66% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici