Téléphonie : « Les rois américains du capital-investissement font une razzia sur les sociétés d’infrastructures en Europe »

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La guerre des mâts est déclarée. Pas seulement ceux des éoliennes, mais aussi ceux des antennes qui nous permettent de téléphoner, et pullulent désormais sur tous les toits des grandes villes et dans les campagnes. Leur possession se chiffre désormais en milliards d’euros. Les opérateurs téléphoniques tentent tous de valoriser cet actif juteux. Le britannique Vodafone, qui avait déjà introduit à la Bourse de Francfort ses pylônes, réunis dans la société Vantage, a décidé d’aller plus loin en vendant une part, pour l’instant minoritaire, de l’entreprise à des fonds d’investissement.

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Les gagnants de cette mise aux enchères géante sont les fonds américains KKR et Global Infrastructure Partners (GIP). L’opération valorise la filiale près de 15 milliards d’euros, ce qui rapporterait plus de 3 milliards à Vodafone. KKR, GIP, Blackstone, les rois américains du capital-investissement, font en ce moment une razzia sur les sociétés d’infrastructures en Europe.

Blackstone, le plus gros, qui gère près de 1 000 milliards de dollars (autant d’euros) d’actif, est derrière Phoenix Power, la société qui a acheté récemment une bonne partie des antennes des toits de Paris. De son côté, KKR, qui pilote près de 500 milliards d’actifs, avait tenté de racheter les tours télécoms de l’allemand Deutsche Telekom, le numéro un européen du domaine. Quant à GIP, plus spécialisé, il s’est fait connaître en France par son entrée, en 2021, au capital de Suez.

Actifs de long terme

Convaincus que la conjoncture économique internationale va se dégrader et que les taux d’intérêt vont monter fortement, ces spécialistes du rachat par la dette se mettent à l’abri en pariant sur des actifs solides et de long terme. D’autant que la transition énergétique a grand besoin de leurs capitaux pour se déployer.

Et comme à leur habitude, pour financer cette fringale d’acquisitions, ils se tournent vers leurs amis du Golfe. Cela tombe bien, les fonds souverains d’Abou Dhabi, du Qatar ou d’Arabie saoudite n’ont jamais été aussi riches avec l’envolée des prix du gaz et du pétrole. Ainsi, derrière le rachat des antennes de Vodafone, se cache, selon le quotidien économique Financial Times, le Public Investment Fund (PIF), le fonds souverain du royaume des Saoud.

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Ce dernier met un pied dans le métier sensible des télécommunications en Europe. Aux Etats-Unis, il est déjà actionnaire de Boeing, Facebook, Citigroup, Uber et bien d’autres. Mais ce fonds, piloté étroitement par le prince Mohammed Ben Salman, sent le soufre, depuis que son pays s’est brouillé avec les Etats-Unis en s’alliant avec la Russie sur les prix du pétrole et en courtisant la Chine. La géopolitique pourrait donc rattraper, un jour, les bonnes affaires des grands fauves américains.

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