Taxation des superprofits : « Il serait paradoxal et choquant de voir des entreprises s’enrichir d’une manne tombée du ciel »

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Le directeur général de Shell a-t-il téléphoné au député Manuel Bompard (La France insoumise), lors du week-end du 1er et du 2 octobre ? Alors que ce dernier bataille pour imposer une taxation des superprofits en France, Ben van Beurden, le patron de la première compagnie pétrolière européenne, a mis les pieds dans le plat, lors d’une conférence sur l’énergie, à Londres, mardi 4 octobre. Répondant à une question, il a affirmé que, « d’une manière ou d’une autre, il faut une intervention gouvernementale qui se traduise (…) par la protection des plus pauvres, et cela veut probablement dire que les gouvernements doivent taxer les gens dans cette pièce ».

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Autrement dit, ces diables de députés anticapitalistes français ne sont plus les seuls à porter ce sujet. Raison pour laquelle l’Europe se mobilise, en suggérant une forme de taxation sur les profits réalisés par la vente de carburants fossiles. Mais le sujet va au-delà et résulte de la collision entre une année 2021 et un début 2022 tous deux exceptionnels pour beaucoup d’entreprises, et une explosion des prix qui ronge le pouvoir d’achat des consommateurs, notamment les plus modestes. Avec des passerelles évidentes entre ces deux phénomènes, quand les profits des uns se nourrissent de la pénurie des autres, qui fait mécaniquement monter les prix.

Une arme à double tranchant

Comme le rappelle Olivier Passet, l’économiste de l’institut Xerfi, les deux tiers des entreprises du CAC 40 ont affiché, en 2021, les profits les plus importants de leur histoire. Et ils ont encore progressé sur le premier semestre. Dès lors, il semble naturel, dans la situation difficile dans laquelle nous entrons, de les mettre à contribution. L’idée est séduisante et met donc mal à l’aise les entreprises.

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Elles rappellent que l’Etat est lui aussi déjà bénéficiaire de cette situation. L’Association française des entreprises privées affirme que sa centaine d’adhérents, soit les plus grandes sociétés tricolores, a versé 13 milliards d’euros d’impôts sur les bénéfices au titre de 2021, sur un total de 59 milliards prélevés par l’Etat sur toutes les entreprises. Soit plus que leur part dans l’économie, l’essentiel de leurs bénéfices étant réalisés hors de France.

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Le profit est indispensable pour financer l’investissement, créer des emplois et en rendre une partie aux actionnaires, aux salariés et aux consommateurs. La taxation excessive est une arme à double tranchant, car elle dissuade le développement, amoindrit la compétitivité et encourage les délocalisations, ce qui, finalement, réduit les recettes fiscales. Mais il serait paradoxal et choquant de voir des entreprises s’enrichir considérablement d’une manne tombée du ciel, qui non seulement ne leur a demandé aucun effort, mais s’est constituée sur le dos du reste de la société. Ce qui s’avérerait, finalement, suicidaire.

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