Semaine à très haut risque, la Bourse ne pouvait pas la commencer en prenant trop d’initiatives, Actualité des marchés

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« La BCE a créé de la volatilité, pas une tendance ». Le commentaire de l’économiste Christian Parisot, pour le cabinet d’analyse Aurel BGC, date de vendredi matin, mais restait aujourd’hui encore tout à fait d’actualité. Ce lundi, soit quatre jours après que la Banque centrale européenne a enterré la forward guidance et relevé les taux directeurs de 50 points de base en échange de l’assentiment des faucons à la mise en place – devenue urgente en raison de la crise politique en Italie – d’un outil anti-fragmentation (annonce qui a d’abord été bien accueillie, jusqu’à ce que ne soient indiquées des conditions), le Cac 40 clôture la séance sur un léger gain de 0,33%, à 6.237,55 points, après avoir perdu jusqu’à environ 0,6% ce matin. A Wall Street, les indices américains restent tout proche de l’équilibre.

« Le sentiment est devenu incroyablement changeant » ces dernières semaines, constate Neil Birrell, chef de l’investissement de la firme de gestion d’actifs Premier Mitton Investors, à Londres. « Les mauvaises nouvelles peuvent être perçues – attention, acrobatie dans la logique – comme des bonnes nouvelles. » Au vu de la dégradation de l’activité – que ce soit dans l’industrie ou les services – et compte tenu de la détérioration de la demande à cause de la flambée des prix, peut-être que – et c’est ce qu’espère la Bourse – les grandes banques centrales vont se montrer moins déchaînées dans leur resserrement monétaire.

75 points de base encore ce mois-ci, et après ?

Dans un monde pris au dépourvu par la forte inflation, sorte de cinquième cavalier de l’Apocalypse contre lequel les banques centrales se battent, et sur lequel, admettant leur retard, elle ont la ferme intention de reprendre l’ascendant en relevant à toute vitesse les taux d’intérêt (+0,5 point de pourcentage d’un coup pour la BCE, c’est inédit depuis la création d’euro, et, pour la Fed, le relèvement de 75 points en juin, c’était du plus jamais vu depuis 1994), quitte à plonger l’économie en récession, l’espoir selon lequel le pire est passé est, semble-t-il, un moteur suffisant au retour d’un peu de prise de risque en Bourse. Et, après tout, peut-être que si la banque centrale américaine ne va pas trop loin dans les hausses de taux, la récession – la vraie, celle qui détruit des emplois, et pas seulement celle technique de la définition (deux trimestres de contraction du PIB) – sera finalement évitée, comme le pense l’ancienne présidente de la Fed devenue secrétaire d’Etat au Trésor des Etats-Unis, Janet Yellen.

« La Réserve fédérale (Fed) devrait une nouvelle fois monter les taux de façon abrupte (+0,75 point, dans une fourchette de 2,25-2,5%) lors de sa réunion finissant le mercredi 27 juillet », estime Thomas Costerg, économiste chez Pictet Wealth Management, en adéquation avec les attentes du marché, quand bien même certains anticipent un relèvement de 100 points de base. « Bien que les derniers chiffres d’inflation aient à nouveau surpris à la hausse, personne à la Fed ne semble avoir envie de passer à une vitesse supérieure », constate Bruno Cavalier, chef économiste pour la banque privée Oddo BHF. Et après ? « Dans un contexte de détérioration généralisée de l’économie que l’on voit déjà dans les chiffres du PIB et dans les enquêtes de type ISM [auprès des directeurs d’achats], la Fed devrait selon nous ralentir le rythme des hausses de taux à 25 points de base à sa prochaine réunion du mois de septembre, et par la suite », avance Thomas Costerg. Là est effectivement, pour la Bourse, la question la plus importante : que fera la Fed en septembre (il n’y a pas de réunion du comité de politique monétaire en août) et par la suite ? Le marché évalue actuellement à un peu plus de 60% la probabilité d’un relèvement de 50 points de base à la rentrée, tandis que la probabilité implicite d’une hausse de 75 points de base n’est que de 34%.

« Si la semaine dernière était essentiellement focalisée sur l’Europe (le gaz, l’Italie et la BCE), cette semaine est principalement consacrée aux États-Unis, le point culminant étant le FOMC [comité de politique monétaire de la Fed] qui se termine mercredi », annonçait ce matin, en guise de mise en garde contre une semaine qui pourrait, encore une fois, être volatile, Jim Reid, stratégiste chez Deutsche Bank. « À moins que nous n’entendions le contraire dans un journal [étant donné que les forward guidances ont disparu, des deux côtés de l’Atlantique, les banques centrales ont pris l’habitude ces derniers temps de guider les anticipations à la dernière minute par voie de presse], on s’attend à ce que [la Fed] relève les taux de 75 points de base », suivi de deux hausses de 50 points de base, en septembre et novembre, et une de 25 points de base en décembre. « Il n’y aura pas de nouvelles projections économiques lors de cette réunion, l’accent sera donc mis sur la façon dont la Fed nous guide dans un monde où personne ne devrait plus vraiment croire aux prévisions des banques centrales, car elles se sont révélées très peu fiables […]. Cependant, le marché continuera de dévorer les indices permettant de savoir si le comité penche vers 50 ou 75 pour septembre. »

Une drôle de récession

D’ici à septembre, les banquiers centraux, comme les investisseurs, auront pris connaissance de deux nouveaux rapports sur l’inflation, les chiffres pour août et pour septembre. La Fed attendra légitimement d’y voir plus clair avant d’arrêter sa décision. En attendant, de nouveaux chiffres sur l’orientation des prix en Allemagne et, plus globalement, dans la zone euro seront publiés en fin de semaine, tout comme les chiffres du PIB des Etats-Unis pour le deuxième trimestre. Le GDPnow de la Fed d’Atlanta présage une contraction de 1,6% d’un trimestre sur l’autre en rythme annualisé, due à une contribution négative des inventaires, « composante erratique et difficile à estimer, explique-t-on chez Oddo BHF. Le PIB réel avait déjà baissé au premier trimestre, cette fois-là à cause du commerce extérieur. Selon la définition commune mais critiquable, les Etats-Unis auraient été en récession au premier semestre… Curieuse récession où l’emploi, le revenu et les dépenses ont continué d’augmenter. L’affaiblissement de l’économie américaine est indéniable, mais jusqu’en juin, il n’avait pas été assez fort pour provoquer un retournement du marché du travail, ni hélas pour réduire l’inflation. »

Beaucoup d’autres indicateurs économiques seront publiés cette semaine, comme les derniers chiffres des dépenses de biens durables aux Etats-Unis ou ceux de la confiance du consommateur, et de très nombreuses entreprises publieront leurs comptes du deuxième trimestre. Et Vincent Bloy, analyste de marché pour le courtier IG France, d’en dresser un catalogue : « Mardi, Microsoft, Alphabet, Visa, LVMH, Coca-Cola, Mc Donald’s, General Electric, Dassault Systèmes et Rémy Cointreau. Mercredi, les marchés se trouveront vers Meta, Qualcomm, T-Mobil, Rio Tinto, Boieng, ADP, Airbus, Kering, Daimler, Ford Motor, Danone, Saint Gobain, Carrefour, Worldline, Eramet, Vallourec, Atos, Fnac Darty. Jeudi, nous analyserons les résultats pour les six premiers mois de l’année d’Amazon, Apple, Mastercard, Nestlé, Pfizer, L’Oréal, Shell, Intel, TotalEnergies, Sanofi, Volkswagen, Air Liquide, Safran, EDF, Stellantis, STMicroelectronics, Orange, Vivendi et Accor, avant de surveiller Exxon Mobil, Chevron, Hermès, BNP Paribas, Vinci et Engie vendredi. » Au total, aux Etats-Unis, 175 sociétés du S&P 500, soit plus d’un tiers du total, doivent rendre leur copie trimestrielle. En France, ce sont 30 entreprises du Cac 40 qui sont sur le pont.

Devant l’épaisseur du programme de cette semaine, l’heure était donc à la prudence aujourd’hui à la Bourse de Paris, les investisseurs n’ayant pas non plus oublié que, la semaine dernière, le président Poutine avait menacé de réduire encore de moitié les flux de gaz russes vers l’Europe (en faisant tourner Nord Stream 1 à une capacité de seulement 20% contre 40% actuellement), si la turbine – qui était en réparation au Canada – n’était pas de retour en début de cette semaine.

Plongeon d’Eutelsat

Les volumes d’échanges sur le Cac 40, extrêmement faibles, n’ont même pas franchi la barre des 2,5 milliards d’euros aujourd’hui. Alors que la fin du mois approche, on sent tout de même l’envie des investisseurs d’éviter à l’indice un quatrième mois de baisse d’affilée.

BNP, qui publiera ses comptes vendredi, a un peu plus de 2%, les investisseurs espérant de bonnes surprises dans la copie de vendredi.

Engie s’est également distingué aujourd’hui, après l’annonce, tombée vendredi soir, d’un accord de principe entre le groupe et la Belgique sur la question de savoir qui va supporter les coûts de la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires belges exploitées par Electrabel, filiale d’Engie. Et l’accord est favorable au français.

En dehors du Cac 40, on notera surtout le plongeon de près de 18% de l’opérateur satellites Eutelsat après la confirmation de  discussions sur un rapprochement avec le britannique OneWeb. Une telle opération menace les dividendes à court terme et va faire exploser les dépenses d’investissements du français.


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