SCAF : Au Sénat, M. Lecornu a exprimé son soutien à Dassault Aviation

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Quelques jours après que le ministère britannique de la Défense [MoD] a communiqué sur les progrès du programme Tempest, qui vise à développer un avion de combat de 6e génération, le Pdg de Dassault Aviation, Éric Trappier, a de nouveau déploré l’impasse dans laquelle se trouve le Système de combat aérien du futur [SCAF], un projet mené en coopération avec l’Allemagne et l’Espagne.

Pour rappel, Dassault Aviation entend garder la responsabilité des leviers lui permettant d’assurer la maîtrise d’oeuvre de l’avion de combat de nouvelle génération [NGF – New Generation Fighter] pour laquelle il a été désigné, en particulier pour ce qui concerne les commandes de vol et la furtivité. Ce que lui conteste Airbus, représenté dans ce programme par ses filiales allemandes et espagnoles.

Ce désaccord traîne depuis des mois… Et, récemment, le Pdg d’Airbus Defence & Space, Michael Schoellhorn, n’a pas donné le sentiment de vouloir lâcher du lest.

« Il y a effectivement une divergence d’interprétation entre nous et Dassault sur la manière de mener une véritable coopération industrielle. Notre désaccord porte plus particulièrement sur le partage des tâches sur les commandes de vol et la furtivité. Si le maître d’oeuvre Dassault souhaite diriger ces deux dossiers clés de la furtivité et de l’agilité sans nous consulter, c’est non. Airbus n’est pas fournisseur de Dassault sur cet avion. Nous sommes le partenaire principal », a en effet déclaré M. Schoellhorn. Et d’ajouter : « s’auto-déclarer comme ‘best athlete’ [meilleur athlète, ndlr] en affirmant que nous, Airbus, ne connaissons rien aux commandes de vol d’avions de chasse est non seulement faux mais contribue à saper l’esprit de coopération et de respect mutuel ».

En outre, le ministère allemand de la Défense a évoqué un possible abandon du programme, dans un récent rapport. « Les désaccords entre les industriels – notamment entre Dassault Aviation et Airbus – retardent le démarrage de la phase suivante [maturation technologique]. Si aucun accord satisfaisant les intérêts des trois nations pour une participation sur un pied d’égalité ne peut être trouvé, la poursuite de la coopération doit être remise en question », a-t-il affirmé.

Le 20 juillet, à l’occasion de la présentation des [excellents] résultats semestriels de Dassault Avation, M. Trappier est resté ferme sur ses positions. « Nous ne pouvons pas rester le stylo en l’air pendant encore longtemps. À un moment, il faut dire stop ou go », a-t-il dit. « Si notre leadership sur le NGF n’est pas reconnu et accepté par Airbus, alors nous avons un plan B sur lequel nous travaillons. Mais il n’est pas encore l’heure d’en parler. Le plan A reste le NGF », a-t-il ajouté.

Lors de sa première audition au Sénat en tant que ministre des Armées, Sébastien Lecornu a pas manqué d’être interpellé sur la situation dans laquelle se trouve le SCAF.

« Le SCAF est un programme clé. Néanmoins, je ne m’effraie pas des difficultés de calage du moment. Parce que ce sont les derniers gros calages avant de passer la seconde [phase]. Ces grosses coopérations industrielles sont toujours une aventure. Je crois qu’on les soutient tous au sens où on voit bien qu’on a intérêt à developper notre autonomie stratégique européenne. [Mais] ça pose des questions. Il faut respecter les savoir-faire aussi de chaque maison. Que Dassault soit vigilant sur ses commandes de vol, par exemple, c’est normal et je le comprends », a affirmé le ministre, précisant qu’il avait un « agenda notamment avec les Espagnols » et que des « rencontres » sur ce sujet avec les « Allemands » étaient prévues à la fin du mois d’août, voire au début du mois de septembre.

Puis, au moment d’aborder la question du remplacement des Rafale d’occasion vendus à la Croatie, à la fin de son audition, M. Lecornu a souligné la « résilience » de Dassault Aviation ainsi que sa capacité à tenir les délais et à accélérer ses cadences de production.

« Sur le volet budgétaire, les moyens sont là. Et s’il y a bien une entreprise qui semble bien comprendre ce que j’essaie de faire sous l’autorité du président de la République [la mise en place d’une « économie de guerre », ndlr], c’est bien Dassault Aviation qui, peut-être, dans les temps qui viendront, sera amené à repréciser sa capacité à monter en charge », a expliqué le ministre.

À noter, par ailleurs, que M. Lecornu a évoqué la coopération franco-britannique en utilisant des termes que l’on n’avait plus entendu chez un ministre français depuis le Brexit…

« Le Royaume-Uni, j’y crois beaucoup. Je pense que le Brexit ne change pas notre agenda de sécurité collectif en Europe », a lancé le ministre, avant de rappeler la proximité franco-britannique en matière militaire et d’évoquer les « perspectives d’un agenda nouveau pour permettre d’avoir un certain nombre d’actions concrètes, et pas qu’industrielles ».

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