Pour la Wallonie, l’électrochoc du risque de faillite

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Il y a des images qui font mal, comme celle de ce Ring ouest, le périphérique qui conduit chaque jour des milliers d’employés wallons vers Bruxelles : la route est défoncée jusqu’à ce qu’elle atteigne le territoire de la région flamande, puis devient impeccablement goudronnée. Un contraste éloquent entre une région toujours à la recherche de son redressement et une autre qui trône dans le classement des régions européennes les plus riches.

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Il y a des propos qui font plus mal encore, comme ceux tenus, en 2021, par le leader nationaliste flamand Bart De Wever, qui comparait la situation budgétaire de la Wallonie à celle de la Grèce en 2008. Ce qui poussait, quelques mois plus tard, le quotidien La Libre Belgique à se demander si une banqueroute, un scénario catastrophe pour cette région, était « vraiment impossible ».

L’écart entre les recettes et les dépenses de la région reste de quelque 4 milliards d’euros, et elle a dû dépenser un peu plus encore à la suite de deux crises : 3,3 milliards d’euros pour celle du Covid-19, et 2,7 milliards contre les conséquences des terribles inondations de juillet 2021. En septembre, un document de la banque publique Belfius, qui finance largement la Wallonie, ajoutait au trouble.

« Propos de salon »

Le rapport s’interrogeait à la fois sur le niveau d’endettement et sur la situation politique de la région, compte tenu de la montée en puissance du Parti du travail de Belgique, une formation d’inspiration communiste, pointée à 20 % des intentions de vote. « Il ne m’étonnerait pas que ce message du comité de direction de Belfius émane d’une source néerlandophone », s’agace Adrien Dolimont, le ministre libéral du budget et des finances de la Wallonie.

« Cette mise en garde n’est rien d’autre qu’un propos de salon tenu par des gens en train de boire du champagne », balaye Elio Di Rupo, le ministre-président socialiste de la région. Jean-Luc Crucke, ex-ministre du budget, est plus nuancé : « La situation financière de la région est grave, mais pas désespérée », estime-t-il. A la fin de 2021, ce responsable libéral soulignait que la soutenabilité de la dette régionale n’était « pas assurée ». Un peu plus tard, l’agence de notation Moody’s abaissait la note de crédit wallonne, jugeant cependant que la « crédibilité » de la dette régionale restait « satisfaisante ».

Faillite ? La comparaison avec la Grèce fait bondir Adrien Dolimont. « Ce pays avait une dette de 300 % après avoir coupé dans ses dépenses, ses comptes n’étaient pas lisibles et, contrairement à la Wallonie, sa dette n’était pas financée à taux fixe », argue-t-il. Ce dernier point est important, confirme Giuseppe Pagano, professeur émérite à l’université de Mons, spécialiste des finances publiques, pour qui « on peut parler d’une situation préoccupante, mais pas dramatique, notamment parce que 93 % de la dette régionale est effectivement à taux fixe ».

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