Nouveau coup dur pour la fonderie SAM de Decazeville: le repreneur lotois se retire

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l’essentiel
La PME lotoise MH Industries qui projetait de reprendre la fonderie aveyronnaise SAM en faillite retire son projet. Les salariés se retrouvent à nouveau sans solution.

C’est la douche froide en pleine canicule. Les salariés de la SAM apprennent que l’entreprise lotoise MH Industries qui souhaitait reprendre la fonderie d’aluminium aveyronnaise placé en liquidation judiciaire depuis septembre 2021 a décidé de retirer son projet. Porté par Matthieu Hède, le président de MH Industries, le projet de reprise s’est heurté à trois écueils majeurs.

“Malgré de notables avancées sur plusieurs volets et notamment sur la pertinence du modèle technico-économique à moyen terme, deux points majeurs restent bloquants. En effet et malgré nos efforts en ce sens, nous ne sommes pas parvenus à convaincre le groupe Renault d’aider à l’amorçage du projet ; de plus nous ne sommes pas non plus parvenus à sécuriser le financement total du projet. Enfin la conjoncture internationale et son influence notamment sur les prix de l’énergie ont considérablement changé. Le groupe MH  Industries est donc contraint, aujourd’hui, de confirmer l’abandon de ce projet” a regretté Matthieu Hede, le président du groupe lotois.

Renault n’a pas voulu s’engager

Le chef d’entreprise n’est donc pas parvenu à obtenir de la part de Renault, le principal et quasi unique client de la SAM, un engagement sur un volume de commandes. L’objectif était de s’assurer entre quatre et cinq années de commandes de carters d’embrayage de la part de Renault.

Le constructeur automobile, au vu de la conjoncture mondiale, n’a pas voulu s’engager aussi longtemps. Par ailleurs, l’industrie automobile qui est profondément affectée par les difficultés d’approvisionnement et le renchérissement des matières premières sont venus bousculer les équilibres économiques du projet du repreneur. Enfin, Matthieu Hède a rencontré des difficultés pour sécuriser les financements nécessaires à la reprise de la SAM.

MH Industries a pourtant reçu un soutien puissant de la région Occitanie qui a déjà mobilisé 1,2 M€ pour la réalisation d’études de reprise et la consolidation financière du groupe. Une aide complémentaire était aussi en projet.

La moitié des 333 salariés à reclasser

C’est donc un retour à la case départ pour la moitié des 333 salariés qui ont été licenciés. Très déçu par cet échec, Matthieu Hède leur a adressé ses “premières pensées”, eux qui “ont soutenu et cru” à ce projet. Aujourd’hui, sur les 333 salariés qui ont été licenciés la moitié n’a toujours pas trouvé de solution ou de nouvel emploi. “Nous redoutions tous ce scénario mais n’avons jamais baissé les bras, collectivement. Je partage leur colère, mais je tiens à leur dire que ma mobilisation pour l’avenir du bassin de Decazeville est intacte” a réagi Carole Delga qui s’est personnellement investie sur ce dossier.

La colère de la présidente de Région Carole Delga

La présidente de Région pointe deux responsables dans cet échec de reprise: “Je regrette que ce projet ne puisse aboutir en raison du manque d’engagement de deux partenaires essentiels : Renault et l’Etat. Renault, dont l’Etat est l’un des principaux actionnaires, s’est totalement désengagé du projet industriel de Viviez et n’a jamais formulé d’offre claire permettant l’émergence d’une fonderie dans des conditions sereines ; cela alors même que MH Industries s’était engagé à ne pas prolonger au-delà de cinq ans le lien commercial avec Renault tout en faisant une offre compétitive sur un volume d’affaires à hauteur de seulement huit millions par an” a-t-elle déploré.

L’État est aussi pointé du doigt par l’élue régionale. “L’État central n’a pas pleinement joué son rôle ! Dans un dossier comme celui de la SAM, seul le volontarisme paie. À Châteauroux, l’Etat a su convaincre Renault et le fonds de modernisation de l’industrie automobile d’investir. Il est incompréhensible que le chef de l’Etat s’enorgueillisse mardi 12 juillet dernier, en Isère, d’avoir ‘mis fin à la lente désindustrialisation de la France’ quand, en Aveyron, une activité de souveraineté industrielle, indispensable pour l’avenir de nos entreprises et du pays, pouvait être soutenue et encouragée. Chacun doit assumer ses responsabilités” a tonné Carole Delga.

Le ministre de l’industrie: “Nous avons une obligation de moyen pour trouver une solution pour chacun”

Roland Lescure, ministre délégué à l’industrie.
DR

Pourquoi le projet de reprise de la SAM par MH Industries n’a pas abouti ?
Mathieu Hède m’a informé jours de son souhait de ne pas poursuivre le projet. J’ai pu échanger avec lui à plusieurs reprises et je comprends qu’il n’est pas parvenu à sécuriser un volume de commandes suffisant auprès du client Renault. S’est ajoutée la guerre en Ukraine avec le renchérissement des matières premières. Je respecte la décision de Mathieu Hède. Ce projet ambitieux ne doit pas fragiliser MH Industries.

Regrettez-vous l’attitude de Renault qui a repris en juillet la fonderie de Bretagne mais laisse tomber la SAM?
Les deux projets industriels sont différents : Renault est propriétaire du site des fonderies de Bretagne et c’est dans ce cadre-là qu’ils ont accepté de garantir un volume d’affaires aux fonderies de Bretagne.

L’État actionnaire de Renault n’aurait-il pas pu intervenir ?
J’ai eu une discussion franche d’actionnaire à entreprise. Nous ne sommes pas là pour gérer Renault à la place de la direction mais nous regrettons que Renault et MH Industries n’aient pas su construire ensemble un projet de reprise pérenne.

Que va faire l’Etat pour les salariés aujourd’hui sans solution ?
Je sais que les 333 salariés licenciés sont très attachés à la SAM. Nous voulons les accompagner individuellement pour rebondir. Déjà 115 salariés ont retrouvé un emploi ailleurs. 64 sont en projet de reconversion professionnelle. Il reste donc la moitié des salariés à aider fortement. Ils ne seront jamais abandonnés mais accompagnés par le ministère du travail et les services de l’Etat en région Occitanie. Je vais donner des instructions très claires. Je viendrai personnellement en Occitanie à la rentrée car nous avons une obligation de moyens absolue de trouver une solution pour chacun. 

Par ailleurs, le Gouvernement est engagé pour la réindustrialisation de ce territoire, dans un contexte de transition rapide de l’industrie automobile vers l’électrique. Nous accompagnons l’industriel SNAM, spécialiste du recyclage des batteries pour véhicules électriques à Viviez. Ce projet devrait permettre de créer plus de 200 emplois d’ici quatre ans.

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