Les Britanniques se préparent à un relèvement massif des tarifs d’électricité

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À cause de la flambée des prix du gaz, le régulateur Ofgem devrait annoncer un relèvement du plafond tarifaire de 1.971 livres par an pour un ménage moyen à plus de 3.500 livres.

Les Britanniques connaîtront vendredi 26 août l’ampleur du relèvement des plafonds tarifaires d’électricité qui entreront en vigueur en octobre, menaçant de plonger des millions de personnes dans la pauvreté énergétique. À cause de la flambée des prix du gaz, part importante du mix énergétique du pays, le régulateur Ofgem devrait annoncer un relèvement du plafond tarifaire de 1.971 livres actuellement par an pour un ménage moyen à plus de 3.500 livres, selon les experts. Début 2023, le seuil pourrait monter jusqu’à 6.000 livres selon les projections les plus pessimistes.

Patronat, fournisseurs et associations appellent à une action gouvernementale de toute urgence pour éviter un choc «dramatique» pour les ménages modestes, déjà confrontés à une inflation à plus de 10%, la plus forte des pays du G7. Le centre de réflexion spécialisé dans la lutte contre la pauvreté, Resolution Foundation, appelle à des mesures «radicales» pour éviter «une catastrophe cet hiver» risquant de nuire à la fois au portefeuille et à la santé des familles. Avec de nombreux foyers précaires dépendant de compteurs rechargeables avec des pièces ou des crédits au coup par coup, «nous sommes partis pour voir des milliers (de foyers) avec des interruptions subites d’électricité», ajoute Resolution Foundation.

D’après l’université de York, 58% des ménages britanniques sont menacés de pauvreté énergétique dès l’an prochain. «On observe une situation de très grand stress chez nos clients. La dette moyenne par client a augmenté de 30% à 167 livres. Je dirais qu’environ un tiers de nos clients sont en situation de précarité énergétique et 20% de plus pourraient le devenir», souligne Philippe Commaret, directeur commercial d’EDF pour le Royaume-Uni. Il ajoute que certains ménages prennent des mesures désespérées et dangereuses pour eux, comme de renoncer à se chauffer ou de débrancher leur réfrigérateur.

Diane Skidmore, retraitée de 72 ans qui vit dans un logement social du sud de Londres avec 600 livres (un peu plus de 700 euros) par mois, a vu en un peu plus d’un an sa facture mensuelle passer de 25 à 45 livres. Elle vient de recevoir une lettre de son fournisseur d’énergie lui demandant de prévoir des prochains débits de 70 livres. «Tout le monde va avoir du mal», prédit-elle auprès de l’AFP, prévoyant pour sa part de remplacer le chauffage par des pulls et couvertures.

«L’aide arrive»

Le premier ministre conservateur Boris Johnson, sur le départ, a décidé de laisser ce dossier politiquement sensible au prochain chef de gouvernement dont le nom sera dévoilé le 5 septembre, au terme d’une campagne sous le signe du coût de la vie. La favorite pour remplacer Boris Johnson, la très thatchérienne Liz Truss, a pour l’instant privilégié les baisses d’impôts plus que les aides directes qu’elle qualifie de «pansements». Le ministre actuel des Entreprises et de l’Énergie Kwasi Kwarteng, pressenti pour devenir ministre de l’Économie et des Finances dans son gouvernement si elle l’emporte, multiplie toutefois les rencontres avec les fournisseurs d’énergie et a assuré que «l’aide arrive», sans plus de détails.

Rishi Sunak, le rival de Liz Truss et lui-même ancien ministre de l’Économie, qualifie les baisses d’impôts avancées par Liz Truss de «contes de fées» vu l’inflation et l’économie au bord de la récession. Il fait valoir que les baisses d’impôts n’auront aucun impact sur les ménages modestes qui n’en paient pas et propose d’accroître les aides directes déjà en vigueur (400 livres par ménage en plus d’autres subventions ciblées). Le chef de l’opposition travailliste Keir Starmer appelle, lui, à un gel des factures d’électricité, sur le modèle de ce qui se passe en France. C’est aussi ce que propose Scottish Power, l’un des plus gros fournisseurs d’électricité du pays, qui évoque une période de deux ans et un coût colossal de 100 milliards de livres pour l’État.

Le groupe français EDF, également l’un des fournisseurs du pays et gestionnaire de centrales nucléaires, avance l’idée d’un lissage des factures à moyen ou long terme: un «fonds de déficit» permettrait de stabiliser les factures et de ne pas répercuter les hausses vertigineuses dans l’immédiat, puis les clients «rembourseraient» le fonds lorsque les prix rebaisseraient. D’autres évoquent une aide directe de 1.000 livres, ou, comme Resolution Foundation, un «impôt solidarité» de 1%. EDF et des associations écologistes appellent aussi à une vraie réflexion sur les économies d’énergie, largement absentes du débat public, malgré les demandes répétées des écologistes et même du patronat. La fédération des petites entreprises, de son côté, fait valoir que les PME souffrent aussi fortement de la flambée énergétique et d’une crise du «coût de la production».

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