L’échec de Paulo Guedes, l’ultralibérale tête pensante économique du pouvoir brésilien

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Il a été, en 2018, l’une des plus belles « prises » de Jair Bolsonaro. Economiste, fondateur de la banque Pactual et de l’influent cercle de réflexion Millenium, Paulo Guedes, 69 ans à l’époque, avait mis toute son énergie au service du capitaine. Surnommé le « posto Ipiranga », du nom d’une chaîne de station-service, où le leader d’extrême droite pouvait puiser ses idées, ce dernier avait ouvert grand son carnet d’adresses et était parvenu à rallier à son candidat l’essentiel des grands patrons brésiliens.

La victoire acquise, Paulo Guedes a logiquement été propulsé à la tête d’un « super-ministère » de l’économie, réunissant budget, planification et industrie. Le plan de cet ultralibéral, formé à l’Ecole de Chicago, était alors ambitieux : réforme des retraites, de la fonction publique, des impôts et jusqu’à 1 000 milliards de reais (191 milliards d’euros) de privatisations. Dans son viseur ne se trouvait rien de moins que Petrobras, le géant pétrolier du pays.

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Mais, quatre ans plus tard, c’est la douche froide pour Paulo Guedes, qui a outré ses détracteurs et déçu jusqu’à ses plus proches alliés. En cause, des résultats mauvais, si ce n’est calamiteux : une croissance molle (1,7 % prévu par le Fonds monétaire international, FMI, en 2022), un taux de chômage certes en baisse (9,3 %), mais des salaires rongés par une inflation record et, surtout, une explosion de la pauvreté, qui touche désormais près d’un Brésilien sur trois.

« Saboté de l’intérieur »

Vite, Paulo Guedes a dû revoir ses ambitions à la baisse. Hormis une consensuelle réforme des retraites, votée en début de mandat, aucun autre grand texte n’a été adopté. Selon le site d’information Poder360, le gouvernement n’aurait récolté « que » 43 milliards d’euros, essentiellement grâce à la vente du transporteur gazier TAG, et par la cession d’actions dans plusieurs autres sociétés publiques. La privatisation de Petrobras est restée dans les cartons.

Plus paradoxal encore : contraint par la crise du Covid-19, l’ultralibéral Paulo Guedes a dû se résoudre à l’interventionnisme économique. En 2020, une aide d’urgence est votée, suivie, en 2022, à l’approche des élections du 2 octobre, d’un paquet de mesures sociales, exigées par Jair Bolsonaro pour conquérir des voix des catégories populaires. Sous pression, Petrobras a dû procéder à une importante baisse de ses tarifs à la pompe. Mi-septembre, le prix moyen de l’essence est repassé sous la barre des 5 reais (1 euro). Une première depuis juillet 2020.

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« Guedes avait plein de bonnes intentions, mais il a été saboté de l’intérieur par les milliers de bureaucrates de Brasilia ! », regrette Hélio Beltrao, président du think tank ultralibéral Mises Brasil. En quatre ans, le ministre semble avoir pourtant tout fait pour se « saboter » lui-même, traitant les fonctionnaires de « parasites », critiquant les femmes de ménage dépensières « allant à Disneyland », affirmant que les Chinois avaient « inventé » le virus du Covid-19… « Cette femme est vraiment moche », ira-t-il jusqu’à déclarer, en septembre 2019, au sujet de Brigitte Macron, lors de la crise diplomatique opposant France et Brésil sur fond d’incendie en Amazonie.

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