Le rachat de Simon & Schuster par Bertelsmann est bloqué par la justice américaine

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Prévues depuis fin 2020, les noces dans l’édition américaine entre le numéro un, Penguin Random House (PRH, filiale de l’allemand Bertelsmann) et son rival, Simon & Schuster (le quatrième éditeur du marché américain, détenu par Paramount Global), ont été bloquées par l’administration américaine. Florence Pan, la juge fédérale de Washington, a retoqué, lundi 31 octobre, ce projet d’acquisition d’un montant de 2,18 milliards de dollars (2,19 milliards d’euros).

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L’administration de Joe Biden, qui s’oppose de plus en plus aux concentrations excessives aux Etats-Unis, avait intenté une action par le biais du département américain de la justice (DoJ) en estimant que le mastodonte issu de cette fusion risquait de réduire le nombre d’ouvrages édités et de diminuer les avances financières faites aux auteurs, notamment de livres à succès.

Début août, les plaidoiries s’étaient succédé pendant trois semaines à la cour américaine du district de Washington et avaient permis d’entendre tout le gratin de l’édition américaine, entre les PDG des « Big Five » (les cinq plus gros groupes dont ceux visés par la fusion mais aussi Hachette Book Group, HarperCollins et Macmillan), bon nombre d’écrivains en vue et les agents littéraires les plus influents.

Sous scellés

Dans son jugement, Florence Pan estime que le rachat de Simon & Schuster (l’éditeur de Francis Scott Fitzgerald, Ernest Hemingway, John Irving, Don DeLillo, Bob Woodward… ) par PRH (qui a publié les Mémoires de Barack Obama et s’apprête à publier ceux du prince Harry) « pourrait avoir pour effet d’affaiblir le jeu de la concurrence de manière significative » sur ce marché des best-sellers. De façon inhabituelle, ce jugement a été placé sous scellés parce qu’il contient des informations « hautement confidentielles », a expliqué la magistrate.

Sans surprise, la filiale de Bertelsmann a qualifié cette décision de « revers malheureux pour les lecteurs et les auteurs », tout en annonçant sa volonté d’interjeter appel en demandant une procédure d’urgence.

Violemment opposé à cette fusion, Stephen King, l’un des auteurs-phares de Simon & Schuster, s’est réjoui : « La fusion proposée n’a jamais eu pour objet les lecteurs et les écrivains ; il s’agissait de préserver (et de faire croître) les parts de marché de PRH. En d’autres mots : $$$ », a-t-il écrit sur Twitter. Dans la même veine, Jonathan Kanter, procureur général assistant pour la division antitrust, a qualifié cette décision de « victoire pour les auteurs, les lecteurs et le libre-échange des idées » qui « protège la concurrence dans l’édition ».

PRH devra payer 200 millions de dollars au propriétaire de Simon & Schuster en cas de non-conclusion du rachat. Sans attendre le jugement du DoJ, le groupe Lagardère, maison mère d’Hachette Livre, avait indiqué dès le 27 octobre qu’il se porterait candidat au rachat de Simon & Schuster si cette vente venait à échouer. L’un des patrons d’Hachette avait d’ailleurs témoigné contre l’opération de fusion pendant le procès. HarperCollins (groupe NewsCorp de Rupert Murdoch), candidat malheureux au rachat de Simon & Schuster, a, lui aussi, fait savoir qu’il serait de nouveau sur les rangs si Bertelsmann devait jeter l’éponge.

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