« La transition énergétique est inflationniste et peu compatible avec une hausse du pouvoir d’achat à court terme »

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Avec le retour d’une forte inflation, la question du pouvoir d’achat est plus prégnante que jamais. Ce sujet caracole en tête des préoccupations des Français et, d’après l’Insee, les ménages n’ont jamais eu, depuis un demi-siècle, une perception aussi négative sur le niveau de vie à venir. Car la France, comme ses voisins européens, fait face à un choc énergétique de grande ampleur, comparable à celui du premier choc pétrolier de 1973. Il correspond à un prélèvement sur l’économie française de l’ordre 3 points de PIB.

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Dans ce contexte, et malgré environ 100 milliards de mesures budgétaires sur deux ans (bouclier tarifaire, remise carburant…), le pouvoir d’achat des Français se contracterait de 1,4 % sur deux ans pour revenir en 2023 à son niveau de 2019. Mais le problème pourrait s’amplifier durant les prochaines décennies au regard des enjeux climatiques et la nécessité absolue d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Avec, au fond, une question essentielle : la transition énergétique est-elle compatible avec la croissance ? Peut-on réduire de 80 % nos émissions de CO2 tout en augmentant le pouvoir d’achat ?

Il y a deux siècles déjà, se posait la question de la compatibilité entre la croissance « infinie » et l’utilisation de ressources naturelles « finies ». Thomas Malthus (1766-1834) se demandait si la croissance des denrées agricoles suffirait à nourrir une population de plus en plus nombreuse, et David Ricardo (1772-1823) s’inquiétait de la décroissance du rendement des terres agricoles car la croissance de la population conduisait à cultiver des terres de moins en moins fertiles.

problématique du quotidien

Le débat n’est donc pas nouveau, mais il revient au premier plan avec la crise énergétique et l’aggravation des événements climatiques extrêmes (sécheresse, incendies, pluies torrentielles, grêle). D’une part, l’invasion de l’Ukraine a mis en évidence notre dépendance aux hydrocarbures, russes notamment. D’autre part, les conséquences visibles du dérèglement climatique conduisent à une prise de conscience collective de l’urgence et de la nécessité de décarboner rapidement notre production et de modifier nos modes de consommation.

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Il est donc impératif d’accélérer la transition énergétique, pour respecter nos engagements climatiques mais aussi pour des raisons géostratégiques. Si cette analyse peut être facilement partagée, elle se confronte cependant à la problématique du quotidien, des fins de mois et du pouvoir d’achat. Car l’énergie est une composante essentielle de nos systèmes de production, de transport, de logement… Elle représente près de 10 % de la consommation des ménages, et cette part est d’autant plus élevée que les ménages sont modestes et vivent loin des centres urbains. Si la hausse des prix des énergies fossiles incite à réduire leur consommation, elle est cependant relativement limitée à court terme… car changer de voiture, faire des travaux de rénovation thermique ou construire des transports en commun prend du temps et coûte cher.

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