« La question du rendement du photovoltaïque concentre les recherches »

0
15

Chercheur émérite au CNRS, professeur invité au Collège de France en 2021-2022, Daniel Lincot a travaillé sur l’énergie solaire pendant plus de quarante ans. Il revient sur cette longue maturation.

Le développement de l’énergie solaire a été très lent depuis quarante ans. Et se révèle extrêmement rapide depuis deux ans. Comment l’expliquer ?

Ce qui est spectaculaire dans le domaine du photovoltaïque, c’est que les premières cellules efficaces ont été découvertes en 1954 grâce au silicium et qu’en 1958 elles équipaient déjà les premiers satellites. A cette époque, il n’y avait pas de réelle barrière sur les prix, le spatial a fonctionné pour le solaire un peu comme la formule 1 pour l’automobile. En 1958, pour le premier satellite, la puissance est de l’ordre de quelques watts. Ensuite, et depuis cette date, la croissance a été exponentielle avec une progression de la puissance installée mondialement de 30 % par an, mais cela est resté longtemps invisible vis-à-vis des autres énergies, dans l’épaisseur du trait comme on dit, jusqu’à ce qu’elle apparaisse soudainement dans le paysage, comme aujourd’hui. Pendant longtemps, le solaire a été considéré comme une lubie et on nous disait : « Vous tirez des plans sur la comète !  »

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Transition écologique : le grand jour de l’énergie solaire arrive

Pourquoi la France, qui a été pionnière, a-t-elle aujourd’hui un tel retard ?

La France est longtemps restée dans le peloton de tête avec les Etats-Unis et le Japon, loin devant l’Allemagne. Des entreprises, dans les années 1960 ou 1970, ont été pionnières – je pense à RTC, l’ancêtre de Photowatt, aujourd’hui en difficulté. Dans les années 1970, face au choc pétrolier, le nucléaire est apparu comme la meilleure solution, et le solaire renvoyé à une forme d’utopie ou de lubie. Il y a certes eu un commissariat à l’énergie solaire, comme il y a eu un commissariat à l’énergie atomique, mais il a malheureusement fait long feu. Les années 1980, sous Mitterrand, marquent le début d’une longue traversée du désert, jusqu’au milieu des années 2000. C’est une période où en Allemagne, au contraire, les crédits augmentent et l’énergie des chercheurs est utilisée pour faire augmenter les rendements et baisser les coûts. Le photovoltaïque industriel décolle à ce moment-là. Il va se passer la même chose que pour les écrans plats, les téléphones mobiles ou les véhicules électriques. Au début, c’est tellement cher que le développement semble impossible. Puis les prix baissent en même temps que les procédés sont industrialisés. Grâce à cela, l’énergie solaire est devenue très compétitive économiquement.

Il vous reste 40.97% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici