La filière de la méthanisation en quête d’équilibre

0
18

Un peu en contrebas de la ferme aux murs de pierres, sur le sentier qui mène au village voisin, les trois grands dômes verts se fondent dans le paysage bucolique. Dans cette vallée de l’Oise, où les méthaniseurs font florès, et sont parfois contestés, Olivier Thomas, éleveur et propriétaire de la ferme de Parvillers, à Sempigny, lui, fait figure de précurseur convaincu.

Olivier Thomas, propriétaire de la ferme de Parvillers, à Sempigny (Oise), le 24 octobre 2022.

« Avant l’exploitation vivait de la vente de cultures et de l’engraissement des animaux », raconte l’agriculteur qui s’est, depuis 2018, lancé dans un projet d’injection de gaz renouvelable, à base de déchets agricoles, avec son ami Mauritz Quaak, le pionnier en la matière : « Aujourd’hui, nous récupérons le fumier, que nous complétons avec des pulpes de betterave, des cultures intermédiaires – du seigle qui n’arrive pas à maturité –, et nous vendons du gaz ce qui nous procure un revenu complémentaire, de l’ordre de 40 % à 50 % en plus. »

A côté de l’installation, s’empilent des monceaux de pelures d’oignons – vendus par un voisin – tandis que plusieurs charolaises et blondes d’Aquitaine passent une tête depuis l’étable d’en face. « Tous les jours on nourrit le méthaniseur avec 30 tonnes de biodéchets que l’on chauffe à 42 degrés », détaille l’éleveur, désormais aussi chimiste : « On reconstitue les bactéries à l’intérieur comme cela se ferait dans la panse d’une vache. » Avec ces 10 000 tonnes de biodéchets, l’installation obtient 11 GWh de gaz par an. L’équivalent des besoins de 2 000 logements à basse consommation. De quoi alimenter en gaz renouvelable les villages voisins et même Noyon, une ville de 15 000 habitants.

Les silos de stockage contiennent les déchets organiques qui serviront à la méthanisation. Ici des pelures d'oignon, de la pulpe et des granulés de betterave.
Chargement du fumier pour alimenter les méthaniseurs, dans la ferme de Parvillers, à Sempigny (Oise), le 24 octobre 2022.

Rentabilité pas assurée

Si ces défricheurs s’en sortent plutôt bien, ceux qui se lancent aujourd’hui ne sont toutefois plus vraiment logés à la même enseigne. « Les banques ne prêtent plus aussi facilement, le coût de la ferraille a été multiplié par deux, celui du béton qui sert à fabriquer les cuves du méthaniseur aussi, et les tarifs de vente du gaz ont baissé de 15 % au moins », détaille Mauritz Quaak. Et c’est sans compter le coût de l’électricité. Si ce projet était à refaire « ce n’est pas 4,2 millions d’euros qu’il coûterait mais plutôt 6 millions », ajoute-t-il, mettant en garde sur le fait qu’investir dans ce type de méthaniseur revient presque à s’acheter une seconde exploitation agricole.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Energies renouvelables : de plus en plus de Français produisent et consomment leur électricité solaire

« Aujourd’hui, le fait de disposer des digestats (les engrais issus du méthaniseur) nous permet de réaliser une sérieuse économie. Car le prix du gaz pèse plus sur celui des engrais classiques, qui ont été multipliés par quatre en deux ans, explique Olivier Thomas. Mais cette donne financière varie et, à présent, il faut compter aussi sur la hausse du coût des cultures qui, elles aussi, ont un prix. »

Il vous reste 36.12% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici