Hydrogène : Plug Power compte sur le Niagara

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Dans son usine de piles à hydrogène flambant neuve, à Rochester, dans le nord-ouest de l’Etat de New York, Andrew Marsh rêve aux pionniers qui ont construit, dans les années 1820, le canal Erié : reliant New York aux grands lacs, en contournant la cataracte du Niagara, l’ouvrage a ouvert les portes du Midwest et a permis la révolution industrielle américaine. Deux siècles plus tard, en ces mêmes lieux, Andrew Marsh veut ouvrir la voie d’une révolution énergétique, celle de l’hydrogène.

« Ce qu’on fait avec est semblable à la construction du canal Erié », s’enthousiasme le patron de Plug Power, qui a un discours bien rodé pour vendre son projet : devenir le leader mondial dans le domaine, d’ici à 2025. Pour cela, il a besoin de l’énergie verte des chutes du Niagara voisines ; d’électrolyseurs pour transformer cette électricité en hydrogène ; de camions pour le transport ; et de piles pour retransformer l’hydrogène en électricité chez les clients. Bref, une révolution censée endiguer le réchauffement climatique.

L’hydrogène fait souvent rêver, et pas seulement Andrew Marsh. Ce nom évoque une énergie propre inépuisable. Toutefois, ce mythe ne correspond pas, pour l’instant, à la réalité. L’hydrogène représente actuellement 2,5 % de l’énergie mondiale consommée, mais il est produit par des géants industriels comme Air liquide, à partir de gaz et de charbon. Carboné à 99 %, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), il n’a rien de propre et il a de nombreux détracteurs.

« Couteau suisse »

D’abord, c’est un gouffre énergétique. Selon l’Energy Storage Association, on perd environ un tiers de l’énergie en fabriquant l’hydrogène à partir de l’eau et de l’électricité, et on en reperd la moitié en retransformant l’hydrogène en électricité avec des piles. Au total, le passage de l’électricité par la case hydrogène gaspille les deux tiers de l’énergie, ce qui conduit Elon Musk à vilipender cette énergie. « Les piles à hydrogène sont des piles à gogo » (« Fuel cells are fool cells »), tweetait, en 2020, le patron de Tesla.

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L’intérêt résiderait dans la capacité de stockage des énergies renouvelables, à partir de l’éolien et du solaire (l’hydraulique est un cas à part, il est par nature stockable, il suffit de gérer le niveau des barrages). Mais ce n’est pas le cas pour l’instant – seul 0,04 % de l’hydrogène est produit par des énergies renouvelables, selon l’AIE.

Ensuite, estime Suzanne Mattei, experte à l’Institut d’analyse économique et financière de l’énergie, « avec l’augmentation de capacité des batteries, qui les rend de plus en plus économiques, le problème du stockage des énergies intermittentes n’est plus ce qu’il était ».

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