Hauts-fourneaux à l’arrêt : « La flambée des prix de l’énergie n’est pas seule en cause »

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Un haut-fourneau qui s’arrête, ce n’est jamais un bon symbole. Surtout dans un pays comme la France, où les industries lourde et manufacturière peinent à remonter plus de vingt ans d’abandon et de délocalisations. Le sidérurgiste ArcelorMittal a dû se résoudre à suspendre l’activité d’un des deux en service à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) tant que les conditions de marché ne permettront pas de le relancer, a-t-il annoncé, jeudi 3 novembre.

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L’usine, qui emploie 2 500 salariés, n’est pas la seule du groupe touchée. A Dunkerque (Nord), un des trois hauts-fourneaux est à l’arrêt pour maintenance, et deux autres, en Allemagne et en Espagne, ne fonctionnent plus depuis deux mois. Contrairement à d’autres secteurs, la flambée des prix de l’énergie n’est pas seule en cause.

Perspectives macroéconomiques dégradées, hausse des importations d’acier en Europe et fort ralentissement de la consommation de la Chine, qui a absorbé 90 % de la croissance de la demande au cours des vingt dernières années, se conjuguent pour freiner la production mondiale. Celle-ci a baissé de 5,4 % au premier semestre par rapport aux six premiers mois de 2021, et de 5,6 % en Europe. Le cabinet Jefferies estime que les capacités européennes sont déjà réduites d’environ 20 %.

La transition remise en cause

Après une sortie de crise sanitaire qui avait propulsé la tonne d’acier à près de 2 000 euros, son prix a été divisé par trois, pour tomber à 672 dollars (687 euros). Et la récession qui se profile pour 2023 assombrit les perspectives des sidérurgistes, fournisseurs de l’industrie automobile et du bâtiment. Le patron du groupe suédois SSAB, Martin Lindqvist, s’attend à de nouvelles réductions de capacités sur le Vieux Continent.

Mais il y a plus grave : c’est la transition énergétique du secteur qui est remise en cause par la flambée des prix de l’électricité et du gaz. Les grands groupes présents en Europe étaient d’accord pour passer des hauts fourneaux, ces « cathédrales de feu » gourmandes en charbon, au procédé de « réduction directe » fonctionnant au gaz et émettant deux fois moins de CO2. Cette perspective est hypothéquée par la multiplication par cinq à dix des prix du méthane depuis la fin février et le début de la guerre en Ukraine.

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Pour alimenter un complexe sidérurgique, il faudra alors pousser un scénario aussi vertueux qu’incertain : l’hydrogène vert, produit à partir d’électricité renouvelable ou nucléaire. ArcelorMittal n’y renonce pas. Au moment où il annonçait l’arrêt temporaire à Fos, il dévoilait un investissement de 25 millions de dollars dans la société TerraPower du milliardaire américain Bill Gates, à travers son fonds XCarb Innovation, destiné à financer des technologies de rupture.

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