Guillaume Gibault, le fondateur du Slip français, agitateur du « made in France »

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Quatre jours durant, Guillaume Gibault est à la tête d’une usine. Celle du « futur ». « Un truc de dingue », se félicite-t-il. Le fondateur du Slip français, qui fait appel à quatre-vingts fabricants tricolores pour ses collections d’habillement depuis la création de sa marque voilà onze ans, a installé une petite armée d’ateliers au sein du MIF Expo, le Salon du made in France qui tient sa dixième édition du 10 au 13 novembre à Paris Expo, porte de Versailles.

Pour sa huitième participation à cet événement grand public, dont les 800 exposants espèrent 100 000 visiteurs, Le Slip français investit 1 400 mètres carrés et y installe vingt-cinq partenaires, quarante de leurs machines et quatre-vingts ouvrières et ouvriers. Tous travaillent pour l’un des sous-traitants de la marque dont le chiffre d’affaires a atteint 23 millions d’euros. Ils y présenteront la façon dont un vêtement est coupé, cousu, tricoté, remaillé et réparé pour la PME et ses vingt boutiques. Une marinière sera fabriquée sur place, par exemple. Coût de l’opération : 300 000 euros.

Pour quoi faire ? « Parce que la plupart des gens ne sont jamais allés dans une usine textile », répond M. Gibault. A l’en croire, la France pécherait désormais par la méconnaissance de ce secteur industriel qui a perdu deux tiers de ses effectifs en vingt ans, pour atteindre 60 000 emplois. Les jeunes rechigneraient à se former à ces métiers. Leurs parents les en dissuaderaient.

Lire la tribune de Guillaume Gibault : Article réservé à nos abonnés Il faut « remettre l’industrie textile dans le bon sens »

Dès lors, bien qu’en pleine relance, les ateliers, dont le personnel est vieillissant, peineraient à embaucher. Au grand dam des collectivités locales dont ces PME assurent un bassin d’emplois. Or, la fabrication française aurait aujourd’hui toutes les vertus, selon M. Gibault. « Sa valeur est économique, sociale et environnementale », détaille-t-il, en rappelant que l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie a démontré que la fabrication française d’un vêtement émet 50 % d’émissions de carbone en moins qu’un vêtement produit en Chine. L’opération « Usine du futur » pourrait aussi faire comprendre pourquoi un sous-vêtement fabriqué en France coûte si cher ; le lot de quatre slips de la marque est vendu 120 euros. « Oui, cela peut paraître cher. Mais plus personne ne connaît le juste prix d’un vêtement fabriqué en France », déplore M. Gibault.

« Opération de com »

Toutefois, l’initiative de cette PME de 120 salariés agace. Elle a son sobriquet : « Daft Punk ». Car « pour montrer au grand public toute l’innovation et la durabilité de la filière textile française », Guillaume Gibault a choisi une scénographie analogue à celle du concert légendaire « Alive 2007 » avec lequel le duo d’électro a tourné sur cinquante dates voilà quinze ans. Néons blancs et pyramide de LED en stroboscope : on est loin de l’allure des ateliers français dont beaucoup, sous la lumière de néons, à Roanne (Loire), Saint-James (Manche) ou La Rochefoucauld-en-Angoumois (Charente), tricotent et assemblent marinières et charentaises en ferraillant contre les petits prix de la Chine.

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