Gucci : « L’exubérance d’Alessandro Michele a fini par lasser »

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Avec sa barbe fournie et ses très longs cheveux noirs dans le dos, Alessandro Michele cultive son allure christique. Mais le messie ne fera plus de miracles. L’homme, qui avait spectaculairement redressé la marque Gucci, quitte la scène. Le directeur de la création de la principale marque de mode du groupe français Kering a annoncé son départ, après vingt ans de service et sept ans à la tête du prestigieux label.

Un coup de tonnerre dans le monde du luxe, et surtout pour Kering. Le groupe est le numéro deux mondial du secteur derrière LVMH, et Gucci représente 55 % de ses ventes et les trois quarts de son profit opérationnel. Alessandro Michele a imposé son style exubérant, ses grosses fleurs sur les sacs à main et ses chaussures, ses chemises, robes et pantalons aux couleurs éclatantes et aux formes éclectiques et androgynes.

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Un parti pris excentrique, accompagné par une politique de prix élevés et de distribution très exclusive dans ses propres magasins, qui a fait merveille dans les pays émergents, notamment en Chine, et aussi chez les jeunes stars américaines. Mais il faut croire que tout lasse, même la gaieté et les couleurs, y compris chez les nouveaux riches.

L’âge des tailleurs noirs

En 2021, la croissance des ventes de Gucci a été deux fois plus faible que celle d’Yves Saint Laurent, l’autre marque prestigieuse du groupe. Son style ultra-classique de tailleurs-pantalons tout en déclinaison de noir est pourtant à l’opposé exact de Gucci. Les analystes évoquent une « fatigue » des consommateurs, comme si ces derniers étaient passés à l’âge adulte, celui des tailleurs noirs.

On reproche ainsi paradoxalement à ce chantre de la diversité des formes de n’avoir pas changé de style. La relative contre-performance de Gucci a contrasté, en 2022, avec les résultats brillants de ses deux rivaux français, LVMH et Hermès, dont les valorisations boursières se sont envolées. Deux fois plus petit en chiffres d’affaires, Hermès vaut aujourd’hui deux fois plus cher en Bourse que Kering.

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Les confinements incessants en Chine n’ont pas arrangé la situation. Il fallait réagir, et Alessandro, qui croyait pouvoir marcher sur l’eau, doit se rendre à la raison économique. Après tout, il était parvenu au pouvoir en 2015 à la suite du limogeage du précédent tandem de la marque, composé de Patrizio di Marco et de la créatrice Frida Giannini.

Comme dans les métiers du spectacle et du sport, la mode se construit sur le succès de quelques créatifs stars capables d’imaginer les motifs d’une mythologie correspondant à l’esprit du moment. Le flamboyant italien pourrait reprendre à son compte l’écrivain Alphonse Daudet, qui constatait, dans les Lettres de mon moulin, que « le temps des moulins à vent était passé comme celui des coches sur le Rhône, des parlements et des jaquettes à grandes fleurs ».

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