Finance : « Le casino de la Bourse tourne à plein »

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La Bourse, temple mythique du capitalisme depuis ses origines, peut-elle être assimilée à un casino ? Depuis que l’économiste le plus célèbre du XXe siècle, John Maynard Keynes, en a émis l’hypothèse, la comparaison est devenue monnaie courante. Comme le raconte l’essayiste Paul Jorion sur son blog, Keynes estimait que les Britanniques investissaient pour la rente (les dividendes d’une action), tandis que les Américains pariaient sur le changement de valeur du bien à la revente, ce qui est le propre de la spéculation.

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Les derniers résultats des fonds spéculatifs américains illustrent spectaculairement cette assertion remontant à 1932. Le fonds Citadel, qui s’était déjà fait remarquer lors de la crise financière de 2008, a enregistré, sur la seule et turbulente année 2022, un gain stratosphérique : 28 milliards de dollars (25,7 milliards d’euros) empochés en une seule année. Du jamais-vu dans les annales pourtant très riches de la Bourse de New York. Sur cette somme, il a reversé 16 milliards aux investisseurs qui lui avaient prêté leur argent, dont une partie de ses propres employés, et s’est mis dans la poche 12 milliards pour ses « frais de gestion ».

Pari sur l’augmentation de valeur

A la différence de la roulette, Citadel n’a pas joué un chiffre au hasard, mais multiplié, avec ses centaines de tradeurs, des paris contre-intuitifs, en particulier sur la baisse combinée du prix des actions et des obligations, phénomène rare qui a pris de court nombre de financiers. D’ailleurs, cet argent ne vient pas de la lune, mais des poches de ses confrères, dont beaucoup ont mordu la poussière. Le fonds Tiger Global, par exemple, qui avait fait des miracles en 2020 en pariant sur les sociétés technologiques, grandes gagnantes des années pandémie, a perdu, en 2022, près de 58 % de sa mise, selon le classement établi par la société HCL Investment.

Mais la Bourse n’est pas uniquement le lieu des paris de court terme les plus fous. Elle est aussi la fabrique des aventures les plus risquées et lointaines. Cette même spéculation a permis de financer les pertes des laboratoires Moderna ou BioNTech avant qu’ils mettent au point les vaccins à ARN messager. Le pari sur l’augmentation de valeur peut enjamber les décennies. Les financiers qui ont annoncé, mardi 24 janvier, avoir investi 100 millions d’euros dans la société française Pasqal, qui développe un ordinateur quantique, ne reverront pas leurs mises avant des années, au mieux. D’ailleurs, Keynes le savait bien, lui qui géra avec grand succès le fonds spéculatif du King’s College de Cambridge, son université. Le casino boursier a parfois du bon.

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