Essai Renault 5 Alpine : l’adorable bombinette française

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Si la Renault 5 fait sa première apparition en janvier 1972, il faut attendre quatre années de plus pour que la Régie lui offre une version sportive. La R5 Alpine est commercialisée en mars 1976, et elle ouvre une nouvelle voie chez le constructeur au Losange : celle des petites bombinettes après l’ère Gordini des années 1960. Plus généralement, la petite Renault s’inscrit dans un mouvement européen qui consiste à faire des versions sportives sur la base de modèles populaires. L’année 1976 sera d’ailleurs aussi celle du lancement de la Golf 1 GTI. Pour votre serviteur qui a grandi avec et dans la R5, retrouver ce modèle emblématique est un réel plaisir. Les 5 Alpine, Alpine Turbo et surtout l’extravagante 5 Turbo ont nourri ma passion pour l’automobile avec les incontournables monstres de l’époque 70-80, Countach et F40 en tête.

Mais revenons à notre 5 Alpine, car nous avons la chance de prendre en mains la version appartenant à la collection Renault Classic. Il s’agit d’une phase 1 qui date de 1978 et apparaît dans un état impeccable après rénovation. Elle comporte quelques évolutions arrivées l’année d’avant, comme des vitres arrière entrebâillantes et des jantes Bobine en remplacement des Fergat. La 5 Alpine se distingue des classiques R5 par ses jantes évidemment, mais aussi par ses rétroviseurs California et ses liserés rouges avec logos A5. Le bouclier avant abaissé, qui intègre des antibrouillards, affirme le look sportif et améliore aussi la stabilité à haute vitesse du petit bolide tricolore.

 

Ambiance seventies à bord

L’habitacle est du même acabit après une rénovation menée avec soin. La sellerie rouge de l’époque, les sièges avant avec appuis-tête intégrés au dossier (ceux de la R5 TS) et le ciel de toit capitonné sentent bon les seventies. La planche de bord fine et épurée est certes habillée d’un plastique noir un peu cheap, mais on s’en moque. Tout est pardonné à la vue du superbe volant à trois branches Iso-Delta, qui a remplacé avantageusement le cerceau bien fade de la Renault 14 vu sur les premiers modèles. Dernière spécificité de la 5 Alpine : la roue de secours se réfugie dans le coffre puisqu’il n’y a plus de place sous le capot à cause du nouveau moteur et de son filtre à air plus encombrant. Le moteur justement, il est temps de le réveiller !

renault 5 alpine ineterieur
renault 5 alpine sieges avant

renault 5 alpine logos
renault 5 alpine coffre

 


Au volant de la R5 Alpine

La petite sportive française ne porte pas son nom par hasard. La 5 Alpine, dont la base est une 5 TS de 64 ch, sort de l’usine dieppoise avec nombre de modifications pour gagner en tempérament. Ainsi, le moteur voit sa cylindrée portée à 1 397 cm3. Il s’équipe par ailleurs d’une culasse hémisphérique, de pistons spécifiques et d’un collecteur d’échappement revu. La puissance pointe à 93 ch, tandis que la partie châssis est affûtée avec la greffe de barres antiroulis, d’amortisseurs inédits et de disques de frein de R12 à l’avant (les tambours sont conservés à l’arrière pour une question de coûts).

renault 5 alpine essai

Ce qui marque lorsqu’on prend place à bord de la 5 Alpine, c’est le confort des sièges et la visibilité périphérique offerte par les fins montants de carrosserie (on ne connaît plus ça aujourd’hui). La planche de bord de cette phase 1 se distingue par sa simplicité bienvenue, mais il manque quand même un manomètre de pression d’huile et un indicateur de température d’eau au niveau de l’instrumentation. Étonnant sur un modèle sportif. On se demande aussi pourquoi le volant est si incliné vers l’avant. Dans une Estafette, ça va, mais pas ici. On ne va toutefois pas bouder notre plaisir, car la 5 Alpine se consomme comme un bonbon acidulé : une fois que l’on a commencé, on n’a plus envie que ça s’arrête. Il faut dire qu’on ne s’ennuie pas au volant de cette bombinette à traction. On vit avec la mécanique, on vibre avec la caisse et on apprécie l’homogénéité de l’ensemble. 

Le petit quatre-cylindres atmosphérique à carburateur Weber double corps montre un caractère rageur, profitant de la légèreté de la voiture (850 kg) pour prendre des tours sans rechigner. Mais il ne faut pas s’attendre à un coup de pied aux fesses à l’enfoncement de l’accélérateur (il y aura la 5 Alpine Turbo en 1981 pour cela), et les performances sont finalement quelconques. Une fois accepté le roulis en virage, on prend confiance et on remarque que la voiture se cale bien sur ses petites roues de 13 pouces qui s’agrippent courageusement à la trajectoire demandée. Les freins faciles à doser sont une bonne surprise, pas la direction. Un peu lourde en virage, « camionesque » en manœuvre, elle a aussi fort à faire avec le train avant fainéant dans les changements de cap.

renault 5 alpine tenue de route
renault 5 alpine youngtimer

La commande de boîte mal guidée (surtout 5-4) pointe aussi au rang des défauts que l’on pardonne aujourd’hui à cette mamie des GTI, car on préfère désormais la mener avec amour plutôt que tambour battant. Il faut dire que cette 5 Alpine est devenue un « must have » du mouvement youngtimer. On ne va plus lui demander la lune ou réitérer le match avec une Golf 1 GTI, face à laquelle la française n’avait pas fait le poids à cause d’une conception moins aboutie. Foi d’ancien propriétaire de Golf 1 GTI, il y a un monde entre ces deux voitures. Il faudra d’ailleurs attendre les Peugeot 205 GTI (1984) et Supercinq GT Turbo (1985) pour qu’une bombinette tricolore fasse vaciller l’allemande.

 

Et aujourd’hui ?

Que reste-t-il aujourd’hui de cet héritage de la 5 Alpine chez Renault ? C’est rapide : rien. La Clio RS s’est éteinte avec la quatrième génération du modèle (2012-2020), mettant fin à l’ère des petites bombinettes thermiques dans le catalogue Renault. La dernière Clio 5, que nous avons amenée sur cette séance photo, pointe quand même à 140 ch. Toutefois rien n’est comparable, si ce n’est son coloris orange Valencia faisant écho aux couleurs vives des premières R5. Enfin, il y a bien une Clio 5 RS Line dans la gamme, mais ce n’est qu’une finition qui n’a aucune prétention sportive.

renault 5 alpine photos
Tous nos remerciements à la menuiserie Bourneuf à Parigné-l’Évêque (Sarthe) pour son accueil chaleureux lors de notre séance photo.

 

La suite ? Elle est électrique, puisque la future R5 E-Tech connaîtra une déclinaison sportive qui devrait se nommer Alpine A5. L’histoire recommence donc. On souhaite aux metteurs au point de Renault de trouver la recette magique qui fera aimer une électrique sportive en dehors d’un 0 à 100 km/h « record » dont on se moque bien, car il n’est ni le reflet d’une mécanique de caractère ni l’expression d’une communion avec la voiture. Une alchimie que la 5 Alpine a su réaliser en son temps.

 

Trouver une Renault 5 Alpine

La saga des 5 Alpine (et 5 Alpine Turbo qui a pris le relais en 1981) a marqué toute une génération d’amateurs de petites sportives. Et il est à croire que ces automobilistes les ont bien usées ces bombinettes, car il ne reste pas grand-chose sur le marché de l’occasion. Il y eut pourtant quelque 56 000 R5 Alpine de produites entre la phase 1 (1976-1979) et la phase 2 (1979-1981), qui se distingue par une planche de bord plus moderne et des sièges avant « pétales ». Évidemment la rouille, véritable fléau sur les carrosseries de cette époque, est aussi passée par là et a envoyé un tas de modèles à la casse. 

renault 5 dimensions

Résultat : on trouve très peu de 5 Alpine sur le marché de l’occasion. Entre le modèle à 2 000 € sur lequel tout est à refaire, à condition de pouvoir récupérer la caisse généralement en dentelle, et l’offre à 20 000-25 000 € pour une version en parfait état avec historique et expertise, l’écart est grand. La petite bombinette française n’échappe donc pas à la folie inflationniste qui touche le secteur des youngtimers. C’est mérité mais décourageant pour bon nombre de passionnés. Quant à notre 5 Alpine phase 1, elle n’est pas à vendre. Elle reste au chaud dans la collection de Renault Classic, car il n’y en a plus beaucoup dans un tel état de conservation.

 

Fiche technique 

  Renault 5 Alpine (1976-1981)
DIMENSIONS
Longueur 3,54 m
Largeur 1,53 m
Hauteur 1,38 m
Réservoir 38 l
Pneus 155/70 R13
TECHNIQUE
Moteur 4 cylindres en ligne, carburateur
Cylindrée 1 397 cm3
Puissance 93 ch à 6 400 tr/min
Couple 118 Nm à 4 000 tr/min
Transmission aux roues avant
Boîte de vitesses mécanique, 5 rapports
Poids à vide 850 kg
PERFORMANCES
0 à 100 km/h nc
Vitesse maxi 175 km/h
PRIX
Prix du neuf en 1976 32 000 francs
Prix en occasion 2 000 à 25 000 € selon l’état

 

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