En Mayenne, avec les conseillers France Rénov’, aiguilleurs dans « la jungle » des devis et des aides à la rénovation énergétique

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Gweltaz Ramel a quelque chose du médecin de campagne lorsqu’il toque chez Martine et Joël Pottier, route du Tertre, à Désertines (Mayenne). Dans la malette du conseiller thermique, nul stéthoscope, mais une caméra pour sonder les « ponts thermiques », un capteur de qualité de l’air, des matériaux isolants. De quoi ausculter « les pathologies de la maison » et rédiger une sorte d’« ordonnance » : un audit avec des scénarios de rénovation, l’estimation des économies d’énergie, du budget, des aides mobilisables… « Pas un diagnostic au sens réglementaire, mais une boîte à outils pour aider aux bons choix », précise M. Ramel, en examinant l’infiltration sous la porte d’entrée et la condensation sur les fenêtres en simple vitrage. « C’est le dernier hiver comme ça, ras le bol », maugrée Joël Pottier, en falzar agricole.

La fenêtre velux d'une des chambres de la maison de Joël et Martine Pottier, sujette à l'humidité et aux déperditions thermiques, à Désertines (Mayenne), le 16 novembre 2022.
La maison de Joël et Martine Pottier, qui avaient demandé à être conseillés sur la rénovation globale, à Désertines (Mayenne), le 16 novembre 2022.

Le couple d’agriculteurs vient de racheter cette vieille bâtisse voisine de leur ferme qu’ils louaient depuis quarante ans. Quarante ans à « appréhender les hivers » faute de travaux, les nuits si froides qu’« on se recroqueville pour dormir ». Une passoire énergétique et financière. « Autrefois, isoler n’était pas une priorité, regrette Martine Pottier, 61 ans. Comment on va faire pour rénover toutes ces maisons ? C’est un boulot monstre. »

Au moins 5,2 millions des 30 millions de résidences principales en France sont considérées comme des passoires – étiquettes F et G sur le diagnostic de performance énergétique. Leur part y est plus élevée dans l’agglomération parisienne (23,6 %) et en zone rurale (22 %) que dans le reste des communes selon les estimations du ministère de la transition écologique.

En Mayenne comme ailleurs, la lutte contre la précarité énergétique – aux conséquences économiques, sanitaires et sociales – est une priorité pour réduire les émissions de gaz à effet de serre des bâtiments, l’un des secteurs les plus émetteurs. Mais la France a accumulé du retard. « Il manque à la politique de rénovation énergétique des bâtiments un pilotage fort et efficace et un service public de l’accompagnement efficient sur l’ensemble du territoire », a récemment critiqué la Cour des comptes.

« Monotravaux »

Conseillers thermiques depuis des années au sein de l’association Synergies 53 (partenaire de la plate-forme territoriale de rénovation énergétique du Nord-Est mayennais), M. Ramel et ses collègues Arnaud Dubreil et Julien Glangetas ont vu se succéder les dispositifs. Jusqu’à la dernière refonte, en janvier, sous le label France Rénov’ présenté par le gouvernement comme le « service public de la rénovation ». Ce guichet unique piloté par l’Agence nationale de l’habitat et s’appuyant sur les réseaux préexistants, entend faciliter l’accompagnement des particuliers, avec plate-forme Internet et numéro unique. Quelque 1 800 conseillers sont répartis dans 500 espaces. Il s’agit « davantage d’un annuaire des plates-formes que d’une harmonisation des services », juge toutefois la Cour des comptes.

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