Du jeu vidéo au public professionnel, la mue de Shadow

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Dix-huit mois après sa reprise par le patron du géant français du cloud OVH, Octave Klaba, Shadow confirme sa mue, comme l’ont souligné ses dirigeants, mercredi 23 novembre. A l’époque, en mai 2021, l’entreprise fondée en 2015, qui s’appelait encore Blade, était connue pour ses solutions de « cloud gaming » (jeu en nuage) : une solution par abonnement qui permettait aux amateurs de jeux vidéo d’utiliser des machines à distance avec de grandes puissances de calcul plutôt que de racheter régulièrement des machines dernier cri.

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Cela était innovant pour l’époque, mais n’avait pas réussi à générer suffisamment de revenus pour maintenir la société à flot, l’affaire se soldant devant le tribunal de commerce de Paris, qui avait préféré l’offre du Roubaisien à celle de Xavier Niel, le patron de Free (également actionnaire à titre individuel du Monde).

Arrivé aux commandes de la société à la suite de cette reprise, Eric Sèle, tout en disant son « respect » pour le projet initial de l’entreprise, estime qu’il n’était pas viable : « L’offre à 13 euros proposée à l’époque ne permettait pas de gagner de l’argent. Aujourd’hui, on veut construire un business rentable ». L’une de ses premières décisions à la tête de la société a d’ailleurs été de relever le tarif des abonnements. Aux gameurs les plus assidus, cela coûte désormais 45 euros par mois.

« Des solutions de plus en plus puissantes »

Depuis dix-huit mois, l’objectif de Shadow consiste à élargir la gamme de ses produits et de ses clients pour obtenir une meilleure rentabilité. L’entreprise veut s’adresser notamment à un public professionnel, dont les usages nécessitent de grandes puissances de calcul (travail sur la 3D, la 4K, la réalité virtuelle…) moyennant un abonnement à 139 euros par mois. Du côté du grand public, la société cherche à se développer dans le secteur éducatif, et particulièrement dans les universités. « On investit dans des solutions de plus en plus puissantes et on les monétise », explique Eric Sèle.

Après avoir levé le voile sur une solution de stockage (gratuite jusqu’à 20 gigaoctets, puis à 8,99 euros par mois jusqu’à 2 téraoctets), elle ambitionne de développer une gamme complète de services à usage des professionnels incluant par exemple la visioconférence ou les services de messagerie. Elle se dit aussi ouverte à accueillir sur sa plate-forme des solutions externes. « On veut créer un leader qui résiste à nos amis d’outre-Atlantique, mais pas créer un nouveau bloc », explique le dirigeant, dans une allusion à des acteurs américains tels que Google ou Microsoft.

Présente dans quatorze pays, l’entreprise entend continuer à développer son emprise géographique, en s’appuyant sur OVH, qui héberge désormais tous ses serveurs

Il n’est pas question de délaisser le jeu vidéo. « On conservera ce segment, parce que c’est historiquement notre cœur de métier [avec 70 000 usagers du service], qu’il a un potentiel énorme et qu’il s’adresse à une population d’évangélistes ». Pour autant, M. Sèle escompte que Shadow aura « une grosse partie de son activité d’ici deux à trois ans » dans le monde professionnel, et de plus en plus à l’étranger. Présente dans quatorze pays, l’entreprise entend continuer à développer son emprise géographique, en s’appuyant notamment sur OVH, qui héberge désormais tous ses serveurs.

Eric Sèle estime que la situation de la société, qui a réalisé plus de 20 millions de chiffres d’affaires en 2022, est assainie. Les effectifs ont également été renforcés, pour atteindre 160 salariés, avec un taux de renouvellement de 60 % au sein de l’équipe dirigeante. Sans prétendre aujourd’hui que Shadow est rentable, le dirigeant se fixe un cap : « Pour parvenir là où nous le voulons, il faudra investir, mais nous ne comptons pas perdre de l’argent pendant dix ans ».

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