Des hôtels haut de gamme plus fraternels

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L’anecdote attira à l’époque quelques curieux : c’est dans l’une des chambres de cet hôtel du 13e arrondissement parisien que s’enferma Michel Houellebecq pour écrire Sérotonine. Il y installera ensuite son personnage. Le pimpant Hôtel Rosalie était alors un anonyme Mercure, somnolant dans son architecture de verre et de béton des années 1990, à deux pas de la place d’Italie. Pas sûr que l’écrivain puisse reconnaître aujourd’hui les espaces entièrement remaniés, portant la griffe décalée de l’architecte Marion Mailaender, étoile montante du design d’intérieur français.

Mais peut-être verrait-il une certaine ironie à ce que le lieu de son livre, présenté par son éditeur comme un « roman sur les ravages d’un monde sans bonté, sans solidarité », soit aujourd’hui devenu un hôtel infusé d’une démarche locale, durable et… solidaire. « Ici, on verse plutôt dans l’optimisme ! », commente Joris Bruneel, hôtelier ­chevronné et fondateur du Rosalie, en grignotant une framboise poussée sur le rooftop, à quelques pas des plants de houblon et d’un frémissant potager qui initiera bientôt des écoliers du quartier au cycle des saisons.

Devenir une ressource locale

Ouvert depuis six mois, l’Hôtel Rosalie déploie ses 60 chambres moquettées de filets de pêcheurs recyclés dans un décor postindustriel mêlant nature urbaine, imprimés floraux et acier galvanisé, et s’apprête à être reconnu « entreprise à mission ». Soit une entreprise dotée d’une « raison d’être », portée par des « objectifs sociaux et environnementaux » (selon le site de Bercy). Et la raison d’être du Rosalie, c’est de « s’enraciner dans son quartier, de développer un modèle responsable et durable, redonnant voix à la nature, dans un environnement ultra-urbain », résume son créateur, à qui l’on doit déjà l’Hôtel Babel, installé l’an dernier dans le quartier populaire de Belleville (Paris 20e).

L’entrée de l’Hôtel Rosalie est nichée dans une petite cour à deux pas de la place d’Italie, à Paris.

Sur le modèle de son cousin Babel, l’adresse de la rive gauche, affichant quatre étoiles, a soigné son impact : personnel recruté en lien étroit avec le Pôle emploi et la mairie d’arrondissement, approvisionnement local du café aux croissants, terrain de jeu offert aux artistes voisins, dont les étudiants de l’école Estienne (arts et industries graphiques)… et une chambre « suspendue », pensée à la façon du caffè sospeso de Naples, tradition d’entraide consistant à laisser derrière soi un café pour un client moins choyé par la vie.

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Cette chambre variant au gré du planning des réservations est mise à la disposition de la commune et des associations pour répondre aux situations d’urgence. « C’est juste un petit truc, un maillon. Le gros du travail a été d’établir le canal avec la mairie et le commissariat de quartier, qu’ils identifient qu’un hôtel haut de gamme puisse aussi être une ressource locale… », détaille Joris Bruneel. Tirer parti des chambres vides, le principe séduit jusque chez Accor : le groupe mondial aux 5 300 hôtels vient de lancer une plate-forme avec la Fondation des femmes en s’engageant « à donner accès à une chambre aux femmes et aux enfants victimes de violences en France », écho d’une formule déjà déclenchée au plus fort du confinement.

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