Derrière le coup de com’ du rachat par EDF des turbines de Belfort, la filière nucléaire en crise

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Emmanuel Macron joue-t-il au petit alchimiste avec la filière nucléaire française ? Essaye-t-il, à quelques semaines seulement du premier tour de la présidentielle, de transformer le plomb en or sur le dossier si symbolique d’Alstom et de ses turbines vapeur (rachetées en 2014 par l’américain General Electric) qui équipent nos centrales nucléaires ? C’est en tout cas son pari depuis depuis l’automne 2020 : ce dossier s’est très vite retrouvé sur le bureau d’Alexis Kohler, le puissant secrétaire général de l’Elysée, et après avoir mis du temps à convaincre EDF de racheter à GE les anciennes activités nucléaires d’Alstom, basées en partie à Belfort, l’électricien national et le groupe américain sont entrés en négociation au milieu de l’année dernière comme La Tribune l’avait révélé, en août dernier.

Pour Emmanuel Macron, cette perspective de rachat a une forte portée symbolique. Car Alstom, issu du conglomérat industriel Alcatel-Alstom (et de la Compagnie Générale d’Électricité si l’on remonte dans le temps), est le symbole même du fiasco industriel de la France depuis une trentaine d’années. Mais aussi parce qu’Emmanuel Macron, comme secrétaire général adjoint de l’Elysée sous François Hollande, puis devenant son ministre de l’Économie, a agi en coulisses sur ce dossier épineux, jusqu’à autoriser, en novembre 2014, la vente des activités énergie à l’américain General Electric… Dont les fameuses turbines Arabelle, ces bijoux industriels, parmi les plus puissants au monde, qui équipent un tiers des centrales dans le monde, dont les EPR.

L’enjeu d’image pour l’actuel président de la République, et probable candidat à la présidentielle, est donc considérable. D’autant plus que depuis le début de la pandémie en 2020, la « souveraineté économique » est devenue le nouveau mantra des responsables politiques et même du patron du MEDEF. Ce coup de com’ tombe donc d’une manière inespérée pour effacer la « faute Alstom ». À Belfort, le préfet que l’Elysée a nommé n’est autre que Jean-Marie Girier, l’ancien chef de cabinet de Gérard Collomb devenu homme de confiance d’Emmanuel Macron au cours de la précédente campagne présidentielle.

Le rachat d’Arabelle, pas si cher pour EDF ?

C’est dire si dans les couloirs du pouvoir et d’EDF, la tension est à son comble depuis quelques jours. Ces dernières heures, le gouvernement et l’Elysée ont d’ailleurs « ambiancé » la presse en organisant quelques fuites d’informations. On apprend ainsi que le coût d’acquisition auprès de GE se porterait finalement à 273 millions de dollars pour l’électricien national. Une manière de minimiser la portée financière de l’opération pour EDF au moment où le groupe public affronte de nombreuses difficultés économiques. Et surtout, le président est attendu dans la journée de demain sur le site industriel de Belfort pour faire des annonces sur le dossier de l’énergie et du nucléaire. Selon son entourage, Emmanuel Macron prendra alors « son risque » et sera « culotté ». EDF et le nucléaire valent-ils une partie de poker ?

L’accord entre EDF et GE pas encore bouclé…

Car en réalité, derrière cette opération de communication, les choses sont plus complexes et encore loin d’être totalement fixées. Alors que Jean-Bernard Lévy a convoqué dans l’urgence un conseil d’administration lundi soir au sujet de cet éventuel rachat, La Tribune apprend qu’en l’état des discussions, rien n’est encore signé à cette heure, et qu’il s’agirait a minima de la signature d’un MOU (Memorandum of Understanding), bref d’un modeste protocole d’accord inaugurant l’ouverture de négociations plus précises entre EDF et GE. Cela explique d’ailleurs qu’EDF garde pour l’instant le silence sur le dossier, « car on attend d’avoir la certitude de s’être mis d’accord avec GE », confie un haut cadre du groupe.

« On est pris dans une affaire d’État », nous déplore une source syndicale. « Sur le papier, c’est pourtant une petite opération. Rappelons tout de même que dans le passé, Framatome avait été en négociation directe avec GE pour récupérer l’ensemble des activités nucléaires de GE. Sur le plan industriel, ça aurait eu une autre gueule ! Là, on est sur tout autre périmètre, mais c’est avant tout un dossier politique, géré directement par l’Elysée », estime un ancien d’Alstom et d’Areva.

Le périmètre du deal limité à Belfort

De fait, plusieurs questions restent en suspens. D’abord, concernant le périmètre : une petite partie seulement des anciennes activités énergie d’Alstom vendues en 2014 à GE seraient concernés par le deal en cours. On savait déjà que les activités réseaux et turbines à gaz n’étaient pas mis sur la table, mais selon nos informations, EDF rachèterait seulement la société industrielle en France et l’activité de maintenance dans le pays, donc principalement le site de Belfort, et non les activités nucléaires aux États Unis, en Roumanie, pourtant pivot des ventes en Europe de l’Est. À terme, une usine en Inde pourrait être utilisée pour fabriquer des turbines de petite taille pour les futurs réacteurs SMR (Small Modular Reactor) annoncés à l’automne par le président de la République, Belfort conserverait la fabrication des plus grandes turbines, dont Arabelle.

Quand c’est flou… c’est qu’il y a un loup ?

La maintenance des turbines dans les nombreuses centrales à l’étranger, ce qu’on appelle dans le jargon technique le MCO (Maintien en condition opérationnelle), qui est pourtant le cœur du business des activités turbines, ne ferait donc pas partie du futur rachat. Quant à la JV sur les turbines héritée de la période Alstom avec le russe Rosatom, aucun élément n’a filtré. De même, qu’en sera t il de la fourniture par Belfort de la salle des machines de la centrale nucléaire Akkuyu en Turquie vendu par les Russes en cette période de tensions internationales ? Interrogé sur ces éléments, EDF préfère pour le moment conserver le silence.

Autre flou dans l’opération en cours : si le gouvernement a fait « fuiter » le chiffre de 273 millions de dollars, le coût financier pour EDF pourrait bien être plus important. C’est ce qu’on appelle pudiquement les « garanties de passif ». Car en rachetant le site de Belfort et certaines des activités de maintenance, EDF va devoir assurer les avances réalisées par GE ces dernières années dans le cadre de ses différents contrats. Et celles-ci se montent en réalité à près d’1 milliard d’euros. C’est pourquoi les syndicats ont évoqué courant janvier le chiffre de 1,2 milliard d’euros pour réaliser cette opération que lui demandent le gouvernement et l’Élysée.

Les transferts de technologies en question

Enfin, la question la plus épineuse porte sur la propriété intellectuelle. Car plusieurs spécialistes s’interrogent en off : est-il bien utile de racheter aujourd’hui cette technologie si les brevets ont pu être copiés entre temps par les Américains ou par les Chinois ? En effet, lorsque les EPR ont été vendus par l’équipe France à Taishan en Chine, Alstom s’est chargé de la livraison des turbines Arabelle. Officiellement, les contrats ne comportaient pas de transferts de technologie, mais des « erreurs sont toujours possibles, d’autant plus que les Chinois de CGN mettaient une pression d’enfer pour avancer. Il faut se rappeler qu’à l’époque, on pouvait toujours faire des concessions car on fantasmait alors un énorme marché d’EPR en Chine », nous révèle une source ayant participé aux négociations à l’époque.

Par ailleurs, selon nos informations, les Américains de GE ont profité de la possession des brevets sur les turbines pour développer leurs propres solutions logiciels pour le contrôle commande. « Depuis que les Américains ont racheté, ils ont cannibalisé la technologie. Certains savoir-faire ont disparu, et les nouveaux éléments informatiques nécessitent forcément des autorisations américaines à l’export », nous précise un ancien d’Alstom. Ce sujet n’est pas mince alors que sur le marché des turbines, EDF serait alors en concurrence avec le japonais Hitachi et l’allemand Siemens.

Une affaire d’Etat au cœur de la campagne pour l’Elysée ?

Une chance pour Emmanuel Macron : toutes ces questions hautement stratégiques ne sont pas débattues publiquement par les différents candidats alors que la campagne présidentielle bat son plein, à la fois par incompétence, mais aussi car le dossier Alstom ne concerne pas uniquement l’actuel hôte de l’Elysée. Au-delà de la personne d’Emmanuel Macron, le dossier de la vente d’Alstom à General Electric en 2014 peut ainsi potentiellement éclabousser de nombreux réseaux politiques, de droite comme de gauche. En premier lieu, pour la candidate de la droite républicaine Valérie Pécresse : son mari, Jérôme Pécresse, est le Directeur général de GE Renewable Energy, qui regroupe les activités GE Grid et GE Hydro. Il est le seul cadre de haut niveau du groupe Alstom à être resté aux commandes d’une ligne métier après le rachat des activités d’Alstom par General Electric.

On n’est pas en reste du côté des hauts fonctionnaires : le patron de GE France est Hugh Bailey, qui fut conseiller du ministre Macron à Bercy. Actuellement à Matignon, le conseiller industriel de Jean Castex, Benjamin Gallezot, fut l’adjoint à la direction générale des entreprises (DGE) à Bercy durant tout le processus de rachat d’Alstom énergie par GE en 2014. Le frère d’Olivier Faure, patron du Parti socialiste, n’est autre que Pascal Faure, l’ancien patron de la DGE à Bercy depuis une dizaine d’années, notamment au moment de la vente d’Alstom Energie à GE (remplacé depuis par Thomas Courbe). Enfin, l’ancien conseiller de François Hollande, Julien Pouget est désormais chez Total, devenu un concurrent direct d’EDF. Bref, autant dire que dans les alcôves du pouvoir d’État, la vente d’Alstom à GE en 2014 continue d’être particulièrement sensible…

Guerre des nerfs sur la relance des EPR

Voilà en tout cas pour les activités turbines de Belfort. Car sur le front de la relance du nucléaire, tous les acteurs n’en peuvent plus d’attendre les décisions d’Emmanuel Macron. Tous spéculent sur les futures annonces présidentielles à Belfort dans ce domaine. Ce n’est pas la première fois que le président de la République joue avec les nerfs des salariés et des dirigeants du nucléaire français. Sur le dossier du nucléaire comme sur d’autres dossiers, Emmanuel Macron souffle le chaud et le froid. Laissant entendre dès le début du quinquennat son attachement au nucléaire auprès de son entourage, le chef de l’État tarde à opérer des arbitrages. Si, fin 2019, Emmanuel Macron annonce sa décision de lancer un nouveau porte avion nucléaire lors d’un déplacement à l’usine Framatome du Creusot, à l’automne 2021, à quelques mois de la présidentielle, il ne s’engage officiellement dans un premier temps que sur le lancement d’études sur des petits réacteurs, les SMR (Small Modular Reactor) avant d’annoncer la construction de nouveaux réacteurs sans préciser lesquels. Il avait alors expliqué qu’il s’agissait de « relancer la construction de réacteurs nucléaires en France ».

Etat d’urgence sur le parc nucléaire français

Le chef de l’Etat va-t-il annoncer jeudi un nouveau plan Messmer qui lança en 1974 un vaste programme de construction de centrales nucléaires ? Au sein d’EDF, c’est l’expectative sur les futures annonces industrielles d’Emmanuel Macron. L’urgence est là pourtant : d’autant que ces derniers mois les signaux d’alerte se sont multipliés sur l’état actuel du parc français de réacteurs et sur les déboires de la filière nucléaire nationale. Incident nucléaire à Taishan sur les premiers réacteurs EPR à avoir été mis en service au monde comme l’a dévoilé CNN en juin 2021, nouvelle annonce d’un retard an pour la mise en route de l’EPR de Flamanville (désormais en 2023), de multiples réacteurs à l’arrêt sur le parc existant du fait de la découverte de corrosions…

Résultat, coup sur coup, par voie de presse, le 19 janvier dans Le Canard Enchainé, et deux jours plus tard, le 20 janvier, dans Le Monde les responsables de l’IRSN (Institut de Radio protection et de sureté nucléaire), et de l’ASN (Autorité de sureté nucléaire) ont ainsi multiplié les alertes publiques sur l’état du parc nucléaire existant en France. « Cette accumulation d’événements mènent à la situation que nous redoutions : une tension sur le système électrique qui pourrait mettre des décisions de sûreté en concurrence avec des décisions de sécurité électrique. L’ASN a maintes fois exprimé le besoin de maintenir des marges dans le dimensionnement du système électrique et des installations, pour pouvoir faire face aux aléas. Or, aujourd’hui, il n’y a pas de marge ! », s’exclame Bernard Doreoszczuk, grand patron de l’ASN dans Le Monde.  « Ils prennent date, car aujourd’hui, la sûreté est désormais en jeu », commente un initié de la grande famille du nucléaire français. « Ils disent en substance au gouvernement : vous ne pouvez pas dire “on ne le savait pas” ».

Un risque de black-out gigantesque

Autant dire que l’ASN, par voie de presse, ne couvre pas EDF, mais défend la filière nucléaire française alors que le débat fait rage en cette présidentielle sur le maintien de cette énergie dans le mix énergétique, pourtant autorisé dans la “taxonomie” verte bruxelloise, dans un grand marchandage avec le gaz. Dans son intervention, le patron de l’ASN explique ainsi qu’il faut trouver des solutions pour allonger la durée de vie des centrales. L’électricien national sait-il le faire aujourd’hui ? Est-il capable de maintenir en fonctionnement des centrales vieillissantes encore vingt ans alors que le groupe peine déjà à faire face aux investissements nécessaires ? « Il existe un risque gigantesque de rupture d’approvisionnement », s’alarme un ancien d’EDF. Ce que l’on nomme avec effroi dans les milieux de l’énergie le black-out, la grande coupure…

Avec les déboires de l’EPR 1, faut-il un EPR 2 ?

Depuis 2018, l’EDF et Framatome poussent les pouvoirs publics à la commande de six nouveaux EPR, qui restent en l’état des prototypes. L’inquiétude est grande sur la réalité de l’incident de Taishan, même si, chez EDF, on préfère rester optimiste en assurant notamment « qu’un des problèmes a été identifié sur l’assemblage des combustibles, les modifications sont en cours ». Et d’ajouter : « On est en train de discuter avec l’ASN pour démarrer l’EPR de Flamanville ». Mais en Finlande, si la divergence de l’EPR (vendu à l’origine par Areva et les Allemands) est intervenue en décembre un peu avant le calendrier prévu, le réacteur est désormais à l’arrêt depuis la mi-janvier. Toutefois, une remise en route est espérée à la fin février. Face à ces déboires techniques à répétition sur l’emblématique programme EPR (à la base franco allemand), la direction d’EDF a multiplié la communication interne et externe sur le besoin d’un « nouveau nucléaire », évoquant également le lancement d’un « EPR 2 » de plus petite dimension.

Mais derrière ces effets d’annonce, plusieurs sources sont plus pessimistes : « L’EPR 2, c’est du PowerPoint. Il faudra encore dix ans pour le concevoir », nous assure un initié d’EDF. Pour rendre encore un peu plus complexe l’équation, l’attentisme présidentiel  sur ce dossier nucléaire s’explique aussi par les luttes en coulisses entre les différents lobbys autour d’EDF, que l’on pense aux pro EPR 2 ou aux pro Chinois, sans compter les quelques partisans des Américains et des Russes. Car au delà des EPR, d’autres solutions techniques existent : les uns poussant la modernisation des paliers français N4 (réacteurs des centrales de Chooz et Civeaux), d’autres sont partisans de la construction de Hualong chinois (qui sont normalement prévus à la construction sur le site britannique de Bradwell dans le cadre du contrat Hinkley Point entre EDF, les chinois de CGN et le gouvernement britannique), et bien sûr, d’autres poussent les solutions des VVR russes (peu crédible compte tenu des tensions internationales en cours), ou des AP1000 de General Electric (de nouveau dans la course internationale avec le choc entre les États Unis et la Chine).

Des choix technologiques risqués

Rappelons au passage qu’à l’origine, le plan Messmer, qui a préfiguré la constitution de Framatome (France Amérique Atome), décide de l’abandon de la filière française de graphite gaz pour choisir une licence américaine Westinghouse de réacteurs à eau pressurisée… L’histoire pourrait-elle se répéter ? Emmanuel Macron va-t-il prendre le risque de trancher sur ces choix technologiques en pleine campagne présidentielle ? Une chose est sûre : toute relance du nucléaire en France nécessitera des moyens considérables. Au milieu des années 1990, afin de « franciser » le modèle de réacteur Westinghouse, EDF disposait d’une direction de l’équipement qui a compté jusqu’à 15 000 personnes. Cette direction fut dissoute sous la présidence d’Edmond Alphandéry, l’ancien ministre de l’Économie d’Édouard Balladur. Aujourd’hui, le patron de l’ASN évoque la nécessité d’embaucher près de 4000 ingénieurs par an.

Patrice Caine ou Anne Lauvergeon : qui pour remplacer Jean-Bernard Lévy à EDF ?

Sur ce futur front industriel, la situation est d’autant plus délicate que rien ne va plus à EDF. « Tous les voyants sont au rouge », nous confirme une source syndicale. Pour davantage investiguer sur d’éventuels soucis techniques sur le parc existant, la direction d’EDF vient d’ailleurs d’annoncer une baisse de production supérieure pour l’année 2022. Résultat, depuis plusieurs semaines, les cinquante traders de la direction commerciale ne cessent de s’approvisionner sur le marché européen de l’énergie qui a vu ses prix exploser en 2021. La récente décision du gouvernement de faire porter sur EDF le blocage des prix de l’électricité en augmentant la part de production Arenh pour un coût de 8 milliards d’euros pour le groupe public rend la gouvernance du groupe public plus que périlleuse. « La direction semble être comme un lapin dans les phares de voiture », constate un syndicaliste.

Dans ces conditions, les spéculations vont bon train en interne comme dans le petit Paris du monde des affaires. Alors qu’EDF est plus que jamais sous tutelle de l’État (« Le vrai patron du nucléaire français aujourd’hui, c’est Alexis Kohler à l’Elysée », nous confie un acteur important de la filière), plus grand monde ne parie sur le maintien dans les prochains mois de Jean-Bernard Lévy à la tête d’EDF alors même que son mandat se termine le premier semestre de l’année prochaine. « Lévy, les portes de l’Elysée lui sont fermées. Il n’a pas eu la décence de démissionner. Je ne comprends pas pourquoi », s’étonne une syndicaliste.

Pour le remplacer, les noms suivants sont régulièrement évoqué : d’abord, Xavier Piechaczyk, président de RTE (Réseau de transport d’électricité) qui a rendu son rapport au gouvernement sur les scénarios de mix énergétique français d’ici à 2050, et que d’aucun présente comme « le chouchou d’Alexis Kohler », mais le corps des Mines poussent également deux pions (issus de réseaux opposés), d’un côté, Patrice Caine, grand patron de Thales, très proche du puissant Cédric Lewandowski, devenu grand patron de la production chez EDF, et tête de pont du réseau historique de François Roussely (ancien président d’EDF devenu banquier d’affaires qui a donné ses conseils, avec Jean Marie Messier, Emmanuel Macron et Alexis Kohler ces dernières années sur les dossiers de l’énergie et du nucléaire), et de l’autre, Anne Lauvergeon, ancien présidente d’Areva débarqué en juin 2011, qui se défend pourtant dans une récente interview de Complément d’enquête de toute ambition dans ce sens, tout en souhaitant que le corps social d’EDF retrouve son « enthousiasme » des origines.

Mais ces considérations de personnes ne suffiront pas à régler la situation délicate d’EDF et de la filière nucléaire française. L’intégration verticale de différents industriels du secteur dans EDF est-elle réellement appropriée ? Un acteur du secteur s’inquiète : « EDF est un assemblier, un exploitant, pas un industriel. Il s’agit de redéfinir clairement les missions d’EDF. Chacun doit retrouver sa place. Si EDF fait tout et qu’on s’en sert comme vache à lait, ça ne peut plus marcher ». L’État a pourtant fait ces choix depuis une dizaine d’années : après le démantèlement d’Areva, il a exigé d’EDF d’intégrer certains de ses fournisseurs, en devenant ainsi le principal actionnaire de son équipementier Framatome.

Beaucoup doutent cependant de la capacité d’EDF – en prise avec ses propres difficultés financières et stratégiques – à mener toutes ces missions de front. « Cette étatisation qui ne dit pas son nom, n’est pas une nationalisation, mais c’est une socialisation des pertes dans une pure logique financière et non industrielle. L’État paye les commandes et la R&D, et les profits sont versés aux actionnaires privés. C’est valable aussi pour d’autres entreprises stratégiques comme Airbus, Thales ou Safran ». Au vu des enjeux internationaux, peut-on sérieusement continuer dans cette voie là, faisant primer des choix à courte vue ? Espérons qu’on aura demain une première réponse demain à Belfort…