« Dans la tech, il y a une longue histoire de succès et de flops »

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Margaret O’Mara, historienne et professeure à l’université de Washington et spécialiste de la Silicon Valley, se penche sur les effets des déboires récents de la tech américaine touchant notamment Twitter et Facebook.

Les licenciements massifs dans la Silicon Valley font penser à l’éclatement de la bulle Internet en 2000. Ces époques sont-elles comparables ?

On peut faire un certain nombre de parallèles. La bulle dot.com avait connu des phénomènes similaires à ceux que nous avons vus pendant la décennie : l’enthousiasme des marchés boursiers, des valorisations très importantes pour certaines entreprises, des recrutements massifs, une croissance accélérée.

Sur le plan macroéconomique aussi des similitudes existent : taux d’intérêt très bas et manne de capitaux prêts à être investis dans des actions plutôt que dans des obligations. A l’époque, les petits investisseurs s’enthousiasmaient pour le secteur technologique. Ils voulaient participer à l’essor de l’Internet. Cette fois, ils ont investi dans les cryptomonnaies. Cela ne semble pas avoir été une très bonne idée.

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Il y a aussi des différences importantes. L’industrie technologique est aujourd’hui beaucoup plus vaste, les entreprises nettement plus matures, les plus performantes en Boursee sont d’énormes machines à profits, comme Facebook, Amazon et Apple. Cette période faste a aussi duré beaucoup plus longtemps. L’ère Internet a vraiment commencé à Wall Street lorsque [le navigateur] Netscape est entré en Bourse en 1995. Le crash remonte à 2000-2001.

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Cette fois, la croissance a accéléré juste après la crise financière mondiale, dans les années 2010-2012, il y plus de dix ans. Et le volume d’argent est bien plus important. En 2021, il y a eu cinq fois plus de somme de capital-risque investi qu’au plus fort du boom de l’Internet, en 1999.

Pourquoi ce krach maintenant ?

Dans la tech, il y a une longue histoire de boom & bust [« de succès et de flops »]. Par ailleurs, ce qui entre en ligne de compte, c’est le niveau de maturité des grandes plates-formes et de leurs produits. Nous avons l’iPhone depuis quinze ans déjà. Facebook et YouTube existent depuis un moment, leur croissance a beaucoup ralenti. Les réseaux sociaux ont maintenant de grands concurrents, comme TikTok. Et ils sont soumis à des pressions réglementaires dans l’Union européenne et, peut-être prochainement, aux Etats-Unis.

On a vu ce phénomène précédemment, quoique à un degré moindre. A la fin des années 1980, le marché des ordinateurs personnels avait explosé. Quand il s’est un peu calmé, tout le monde cherchait quelque chose de nouveau. Et l’Internet a été commercialisé. Cette fois, beaucoup ont pensé que c’est le secteur des cryptomonnaies qui représentait la nouveauté.

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