Crise énergétique : les maires de banlieue s’inquiètent pour leur population

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Gilles Leproust, en ce moment, ne dort pas très bien. Cette semaine, le maire communiste d’Allonnes (Sarthe) doit présenter en conseil municipal une modification de son budget primitif. La raison : 600 000 euros de frais supplémentaires prévus « à cause des dépenses d’énergie dans nos bâtiments publics, qui explosent », sur un budget total de 17 millions d’euros.

Il n’y a pas que pour le président de l’association Ville & Banlieue que les nuits sont courtes ces derniers temps. « Le raz de marée commence, mais le pire est encore devant nous », alerte Damien Allouch. Comme la plupart de ses collègues en banlieue, le maire socialiste d’Epinay-sous-Sénart (Essonne) s’inquiète des conséquences de la crise énergétique et de l’inflation dans les quartiers populaires. « Il y a un climat très anxiogène en ce moment, renchérit-il. La question qui se pose pour les habitants des quartiers est de savoir s’ils pourront sortir la tête de l’eau de cette nouvelle crise. » Alors, à l’heure de la présentation du projet loi de finances 2023 du gouvernement, les élus municipaux entendent alerter les pouvoirs publics sur une situation déjà très compliquée.

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Selon une étude Harris Interactive pour l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU), publiée en septembre, 72 % des habitants des quartiers prioritaires redoutent l’impact de la hausse des prix de l’énergie sur leur capacité à se chauffer. D’autant plus que c’est dans ces quartiers que l’on retrouve le plus de logements mal isolés. « Les charges deviennent insupportables pour une population déjà précaire », s’alarme Hélène Geoffroy, maire socialiste de Vaulx-en-Velin (Rhône), en périphérie de Lyon.

« S’il y a des économies à faire, elles ne sont pas à faire ici »

Les municipalités elles-mêmes sont touchées par cette hausse des prix. A Grigny (Essonne), la facture énergétique a augmenté de 60 % en 2022. « La situation est exactement la même qu’avant, sauf que, désormais, cela me coûte 1 million d’euros supplémentaire », confie Philippe Rio. L’élu communiste, qui s’inquiète davantage de la facture de 2023, a donc dû suspendre des investissements dans des politiques de rénovation de la ville. « Nous devons prévoir des budgets de 20 % à 30 % supérieurs à cause de l’augmentation du prix des matériaux, assure Gilles Leproust. Si les enveloppes de l’ANRU ne sont pas adaptées à la situation, on va droit dans le mur. »

La qualité du service public que les municipalités pourront proposer en puisant dans leurs maigres réserves est un sujet de préoccupation. « On voit la société Vert Marine fermer ses piscines au nom de l’explosion de sa facture énergétique, des universités qui pensent fermer pendant l’hiver. Est-ce que nous aussi allons devoir prendre ce genre de décision pour certains services ? », questionne Damien Allouch. Du fait d’un retrait potentiel des actions sociales, les élus craignent de fragiliser encore plus leur population. A Grigny, 8 % de la population mange grâce à l’aide alimentaire. « On pensait que la crise alimentaire avait atteint un pic pendant le Covid. Avec cette crise énergétique et l’inflation, on se rend compte qu’on va plutôt avoir un plateau », analyse le maire, Philippe Rio.

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