AccueilEntreprise"Après l'avoir combattue", EDF...

“Après l’avoir combattue”, EDF vit la décision de l’Etat “comme un véritable choc”, dit son PDG Jean-Bernard Lévy

« Un véritable choc », une mesure qui « s’impose » à EDF qui l’a « beaucoup combattue ». Les mots utilisés par Jean-Bernard Levy, le PDG d’EDF, devant les cadres de l’entreprise, sont forts. A la mesure de l’impact sur ses comptes de la décision de l’Etat d’obliger le groupe à vendre davantage d’électricité nucléaire à bas prix à ses concurrents pour contenir la facture d’électricité des Français. Ils traduisent également l’impuissance d’une entreprise détenue à plus de 80% par l’Etat face à une décision politique de l’Etat-actionnaire qui va à l’encontre de ses intérêts (et des autres actionnaires).

Emmanuel Macron face à la bombe EDF et de l’énergie

EDF a fait d’autres propositions

Pour limiter la hausse des tarifs réglementés de l’électricité (TRV) à 4% au 1er février comme il s’y était engagé, le gouvernement a annoncé jeudi qu’il augmenterait de 100 à 120 térawatts-heure (TWh) les volumes qu’EDF doit céder à ses concurrents dans le cadre du dispositif Arenh (accès régulé à l’électricité nucléaire historique), une mesure susceptible d’avoir un impact de 7,7 à 8,4 milliards d’euros sur les résultats du groupe.

« Après l’avoir beaucoup combattue, nous vivons cette décision comme un véritable choc », indique le PDG Jean-Bernard Lévy dans un message aux managers d’EDF, dévoilé par Reuters et que La Tribune s’est procuré, soulignant que la mesure « s’impose » au groupe alors qu’il défendait des « alternatives ciblées au bénéfice des clients les plus sensibles à la hausse des prix, principalement les TPE et les usines les plus exposées ».

Parallèlement à l’annonce du gouvernement, EDF a révisé à la baisse ses perspectives de production nucléaire pour 2022 – en raison d’arrêts de réacteurs liés à des problèmes de corrosion -, ainsi qu’un nouveau retard et un surcoût supplémentaire du projet d’EPR de Flamanville (Manche). Des mauvaises nouvelles qui ont fait chuter le cours de bourse de près de 15% vendredi et encore de plus de 4% ce lundi.

La lourde chute du titre EDF pose à nouveau la question de sa place en Bourse

Le groupe est ébranlé

Le groupe a récemment prolongé la durée d’arrêt de 5 de ses 56 réacteurs de son parc nucléaire français, ce qui l’a amené à revoir à la baisse sa prévision de production nucléaire pour 2022. Aujourd’hui, dix de ces réacteurs sont à l’arrêt pour maintenance ou autre, soit 20% de la capacité de production nucléaire française.

« Ces mauvaises nouvelles ébranlent le groupe », a indiqué Jean-Bernard Lévy.

 « Avec le comité exécutif, nous examinons les mesures appropriées pour renforcer la structure bilancielle du groupe et toute mesure de nature à protéger ses intérêts. Ce qui est en jeu, c’est notre capacité à préserver notre développement stratégique. Nous comptons rendre ces mesures publiques sous un mois.»

Le PDG écrit également qu’il « partage (l’) émotion » de ceux qui lui ont fait part de « leur soutien, voire de leur indignation », ajoutant que le comité exécutif et lui-même restent « très combatifs ».

Réacteurs nucléaires défaillants, prix plafonnés, EPR retardé : EDF, le désalignement des planètes

Les syndicats scandalisés

 La CFE-CGC, de même que l’association Energie en actions, qui représente des actionnaires salariés et anciens salariés d’EDF, ont fait savoir ces derniers jours qu’ils se réservaient la possibilité d’attaquer en justice la décision du gouvernement sur l’Arenh. Les représentants syndicaux des salariés au conseil d’administration du groupe se sont en outre dits « scandalisés » par les annonces de l’exécutif et réclament que l’Etat compense « intégralement » le coût de ces mesures pour EDF.

La direction d’EDF a déjà connu un sérieux revers l’été dernier lorsque le gouvernement a mis en suspens le projet de réorganisation du groupe, nommé « Hercule”, qui était censé accompagner une nouvelle régulation du parc nucléaire français.

EDF estime que le système actuel de l’Arenh constitue pour lui un « poison » qui le contraint à s’endetter et limite sa capacité d’investissement tout en subventionnant ses concurrents.

 —————————-

DANS LE COLLIMATEUR DES AGENCES DE NOTATION

Les agences de notation Fitch et Standard and Poor’s (S&P) ont sanctionné le groupe EDF, ou s’apprêtent à le faire, après une série de mauvaises nouvelles la semaine dernière. Fitch a abaissé la note de la dette à long terme d’EDF d’un cran à “BBB+” lundi et assorti également cette note d’une perspective négative, ce qui veut dire que l’agence pourrait la dégrader encore dans le futur. Dans la foulée, S&P Global Ratings a annoncé ne pas exclure d’abaisser sa notation d’un cran à son tour, après la publication des résultats annuels d’EDF le 18 février.

Les agences de notation s’inquiètent depuis qu’EDF a annoncé, jeudi, avoir suspendu l’une de ses prévisions financières: celle de son ratio d’endettement financier net sur excédent brut d’exploitation (Ebitda), qu’il n’est plus certain de tenir, le gouvernement français lui demandant de vendre davantage d’électricité à bas prix à ses concurrents.

Fitch pointe également du doigt les “arrêts prolongés de certains réacteurs nucléaires, qui vont fortement éroder les marges au moins pour 2022”.

“Nous estimons que cela laissera l’Ebitda défini par Fitch pour 2022 à environ 4 milliards d’euros, soit 75% de moins que notre estimation précédente, et une structure financière affaiblie pour EDF”, a jugé l’agence de notation dans un communiqué.

S&P estime parallèlement que l’Ebitda publié par EDF pourrait être de 10 à 13 milliards d’euros inférieur aux 18 milliards prévus jusqu’à présent.

(avec Reuters et AFP)